Salon d'écriture – Atelier de thé

L'atelier d'écriture de la MJC de Cosne d'Allier (03)

L’atelier publie ! 19 mai 2012

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Bonjour à tous,

Pas de nouvelles mises à jour de textes car l’atelier depuis quelques mois travaille pour la concrétisation de son projet sur les 5 sens : la publication de son livre Abécédaire des sens et son petit manuel d’écriture. C’est avec Cephisa Cartonera, une maison d’édition alternative que le projet se fait. Cephisa viendra vendredi et samedi 25 et 26 mai pour des ateliers plastiques en vue de créer des couvertures des exemplaires du livre comme des pièces uniques : utilisation de matériaux sur couvertures carton.

La prochaine publication en donnera toutes les modalités.

 

 

 

18 mai 2012

Filed under: Uncategorized — salondecritureatelierdethemjccosnedallier @ 11:12  

Lectures de productions

de la Soirée TRACE du 9 mars 2012

  • Trace de rouge à lèvres

Tu viens de te lever et partir. Sur cette table, face à moi, reste seule l’empreinte de tes lèvres sur le verre vide. Dans le brouhaha du bar, sur le tableau flou des autres tables peuplées d’autres gens, à l’arrière plan du verre, me paraît étrangement nette l’empreinte de tes lèvres. Je sens que déjà s’estompe la réalité de ce que nous avons été. Déjà le temps fait son œuvre, mettant au passé ce qui était présent,  il y a une heure, une heure à peine. L’empreinte de tes lèvres, là, sur ce verre face à moi, me rappelle celles que sur mon corps tu as laissées. Et c’est comme si j’étais au musée, à regarder derrière la vitre, les traces de ce qui a existé. Alors, à mon tour, avant de me lever et partir, sur cette empreinte, je dépose un baiser.

  • Traces : les craquelures blanches

Est ce l’épiderme de ma main droite après le dégivrage du pare- brise de ma  voiture par cette matinée d’hiver où la température a atteint – 15° ?

Est ce le reste de la tarte meringuée tombée de la fenêtre du 12ème étage et aplatie malencontreusement par le camion poubelle ?

Est ce une vue d’avion de parcelles agricoles une année de grande sécheresse ?

Est ce le Bibendum Michelin dont on distingue encore les yeux en haut à droite, disloqué sous les coups répétés et hargneux des ouvriers qui viennent d’apprendre le délocalisation de leur usine en Chine ?

Est ce une carte muette de l’ancienne URSS destinée à un candidat au baccalauréat option géographie ?

Est ce une photo prise du satellite orienté sur Paris après 3 jours de chutes de neige ininterrompues ?

Est ce une tranche de viande bovine oubliée pendant 5 ans au fond du congélateur ?

Est ce une coupe longitudinale de cerveau de téléspectateurs ayant regardé exclusivement TF1 pendant 20 ans ?

Est ce un puzzle de 200 pièces mal jointes réalisé en tranches de jambon bio pour le salon de l’agriculture 2012 et représentant de manière assez radicale l’état d’esprit et le désarroi des agriculteurs français ?

Est ce le dessus de ma commode IKEA “Bürj ” que j’ai customisé en 3 ans et demi grâce à des fragments de coquilles d’œufs ne dépassant pas 2mm² chacun ?

Est ce l’illustration de l’expression « Etre blanc comme une merde de laitier » ?

  • Elle l’embrassa… :

Sa mère l’embrassa et lui frotta la joue à cause du rouge à lèvres. Son père lui donna un billet de dix francs.

“Aller mon garçon, sois respectueux…et tiens parole !”

Ses parents montèrent dans la voiture et disparurent.

Il avança alors d’un pas mal assuré vers la salle des fêtes. On avait installé des ciels de guirlandes électriques devant l’entrée, si bien qu’on avait la sensation étrange de fêter Noël en plein mois d’août. Il baissa les yeux, comme il avait toujours l’habitude de le faire au lycée. Des jupes…des jupes partout, criardes et Vichy. Il longea le mur pour atteindre enfin l’entrée. L’impatience faisait bondir son cœur dans sa poitrine.

Aujourd’hui encore, lorsqu’il raconte l’événement le plus marquant de toute sa vie, ses mains tremblent et ses yeux brillent. Il a même gardé ce fameux billet de dix francs, qu’il déplie à chaque fois, précautionneusement, à la manière d’un parchemin ancien, comme une relique d’un monde révolu.

Deux ballerines bleu-nuit l’arrêtèrent dans sa course. Elle était là, elle était venue. Il leva les yeux lentement : chaussettes blanches, mollets fluets, genoux cagneux, robe chasuble bleu-nuit, collier de perles discret. Un serre-tête de circonstance retenait ses cheveux cendrés. Elle avait osé le rouge-à-lèvres orangé et le mascara bleu, certainement emprunté à sa sœur. Rougissant d’être scrutée de cette manière, elle lui prit la main, enfin.

Ils restèrent toute la soirée assis, muets, et gênés. Les yeux rivés sur leurs mains croisées, bien rangées sur leurs genoux. Lorsque leurs regards se croisaient, ils se souriaient timidement. Autour d’eux, tout était bruyant et agité.

A minuit, la salle se vida. Les moteurs se mirent à ronronner. Lui avait promis à ses parents qu’il la raccompagnerait chez elle. Ils prirent donc le chemin des « routes ». Ils marchaient de concert, en silence. Parfois, leurs avant-bras se frôlaient, ce qui les rendait encore plus transis d’amour. Dans sa poche, il frottait les bords de son billet, plié en deux. Il avait oublié de le dépenser ! Il se souviendrait longtemps de cette douce heure à marcher dans la nuit calme.

A l’horizon, deux lueurs puis deux lampes, puis deux phares aveuglants. Et, brusquement, l’accident. Elle marchait peut-être trop près de la chaussée, la nuit était noire, et ses vêtements trop sombres. En tout cas, tout s’accéléra sans qu’il puisse rien maîtriser : les phares, le crissement des freins, son corps qui vola, une portière qui s’ouvrit. Il eu juste le temps de cligner des yeux et lorsqu’il les rouvrit, tout se déroula soudainement au ralenti. La scène de l’accident était exempte de sang et empreinte d’une grande beauté. Non pas que sa douleur ne fut pas immense mais sachant qu’il la contemplait pour la dernière fois, il avait fait le choix, en un éclair, de garder un souvenir immaculé de son visage. Il devait se remplir d’elle pour tous les jours de sa vie qui lui restait à vivre sans elle. Elle était allongée sur l’asphalte, plus pâle que jamais, les yeux clos, comme si la nuit lui donnait son éternité. Lui, s’était couché à côté d’elle, humait son dernier souffle, et murmurait les seuls mots d’amour qu’il ne lui dirait jamais.

 

Lorsqu’il revint à lui, les yeux remplis de peine et de colère, il se dirigea péniblement vers le véhicule, les poings dans les poches, au creux de l’un d’eux, le billet froissé. Une R16 grise avec un capot vert kaki, avec une pancarte « TAXI » jaunie sur le toit. Le chauffard tentait d’alerter les secours avec sa radio cibi. Une musique nasillarde en fond résonnait dans la nuit. La radio du taxi diffusait une émission de musique classique en stéréo. C’était la Sinfonnietta de Janacek.

  • Trace : fauteuil roulant

La trace, la marque, le reste de ce qui avait été un corps parfait, musclé, sculpté avec soin, dopé peut-être, un corps d’athlète, sûrement. Un choc avait brisé sa carrière, un plaquage trop brusque, une mine mal placée avait cassé sa colonne vertébrale en deux. Son corps portait la trace mais sa tête, sa verve, ses valeurs en étaient transcendées.

Traces physiques irréversibles transcendant un esprit vif, intelligent qui aurait peut-être dormi dans un corps sain.

La trace de son « accident » comme on avait l’habitude de nommer sobrement les 125 kilos qu’il avait pris sur la troisième lombaire, il n’en restait rien sur sa peau. La trace ne se matérialisait que par son fauteuil. La trace roulait pour le porter, laissant derrière lui l’empreinte de deux lignes rugueuses, un chemin à deux voies qui le suivrait inexorablement.

  • Une danse

Longtemps, aux mois de mars à mai, ma mère et elle allaient à Lille ou à Lens, main dans la main, le long des maisons luisantes, dérouler leurs longues toiles blanches, s’enroulant dans un mouvement lent et ondulant : la toile claquait. Les corps craquaient. Le bruit des draps bistres ronflait dans l’air saturé.

Elle et ma mère, dans un mouvement lent et langoureux, montaient agiles, mètre par mètre au sommet des lampadaires allumés de la ville endormie. « Concentrée » criait ma mère,

« Accrochée », criait l’autre, « Arabesques et circonvolutions » criaient-elles en chœur.

Les toiles flottantes de lin blanches volaient tranquilles, paisibles, lourdement lestées de leurs silhouettes enlacées et mêles dans ces linceuls étincelants comme des lucioles lovées dans leurs chrysalides. Un jour, elles déroulèrent. Un jour, elles décrochèrent. Un jour, elles (s’écrasèrent) s’envolèrent.

  • Ceinture blanche

Est-ce le haut du bas du maillot de bain, ceinture blanche dessinée en bordure de la peau dorée ou est-ce le bas d’un haut porté sans bas, bande de peau claire, marque d’une sieste au soleil ?

Est-ce le souvenir d’un slip de bain taille 36 qui se dévoile et laisse la place à un petit 34 ? (La belle ignore le mélanome.)

Est-ce la trace d’un haut roulé timidement vers le haut ou celle d’un bas délibérément tiré vers le bas ?

Est-ce Marion des années 8O qui annonçait : “demain, j’enlève le bas !”, clamant haut ce que d’autres pensaient tout bas ?

Est-ce le B.A. Ba d’une histoire d’ô rendant béats beaufs, bobos et babas ou est-ce Bo Derek au sortir de l’eau ?

Oh ! le beau bas sans haut ! Hauts les cœurs et bas les pattes, mains dans le dos d’une maîtresse en maillot de bain !

  • Danse

Malléable est son corps lent dans la lumière moite, Mademoiselle s’allonge, monte sa main, enveloppe la lueur entre ses doigts.

En un rapide éclair, elle se recroqueville, casse et concasse son corps en soubresauts.

Ses articulations grincent et craquent.

La musique rythmée de ses mouvements s’alanguit soudain, une mollesse lente réapparaît, Mademoiselle s’élance, laissant son corps harmonieux poursuivre sa quête.

Crac, transe, convulsions, contorsions et « constrictions ».

Cloaque de cris sans restriction.

Le corps repart dans une crise à plusieurs tranchants.

Mais Mademoiselle se lance, elle danse malgré ses malencontreuses défaillances, elle danse.

  • Trace : empreintes digitales

Dommage qu’elle n’existe plus cette trace mystérieuse, celle qui résiste à toutes les cicatrices, celle qui fait que l’on se sent unique…

En vidant le bureau de mon père dans la maison qui allait être vendue, je mis la main sur une enveloppe jaunie par le temps et dont la conséquente épaisseur m’encouragea à décoller la bandelette gommée, qui par ailleurs ne résista pas longtemps.

Soigneusement réunies par un élastique, quatre cartes d’identité ayant appartenu à mes grands-parents, avaient été placées là pour la mémoire…

La taille, la couleur des yeux, l’absence de signes particuliers, tous ces détails me semblaient familiers. Mais découvrir côte à côte les quatre empreintes du pouce de Félix, Simone, Pauline et Eugène sur ce petit rectangle de papier me fit monter des larmes.

  • Une danse 

Mal, mon mollet a mal.

Il court.

Il craque.

Il se détraque.

Patatraque.

 

Mille mains molles miment l’aile mâle de la libellule.

L’arc des bras se raidit.

La salle craque sous les cris.

Le corps à corps a porté ses fruits.

 

Malléable, il mélange mille langues, mêle mille lignes.

Ton corps qui court.

Il réclame à cor et à cri

La courbe qui le cambre et le plie.

  • Une trace : le café

Traces de café sur le drap froissé, il est 7 heures. Je ne peux pas me lever sans avoir bu ma première tasse de café dans mon lit le matin. Et tous les jours, encore dans un semi rêve de fin de nuit, les draps se souviennent de cette première tasse de café.

Cette trace ronde, semi circulaire ou quelquefois simple virgule est le témoin de tous mes matins. Elle me rappelle cette addiction à ce breuvage , compagnon de mes nuits d’étudiante, puis de mes nuits d’infirmière, de mes nuits d’amante et de mes nuits d’insomnie… Au réveil, il reste la trace de cette tasse de café que je pose tous les matins à la même place, me souhaitant une bonne journée et de demain, recommencer !

  • Trace : la 2CV

    Qu’est-ce qui m’arrive? Je me sens toute humide, toute rouillée. Je ne distingue plus les traces de doigts d’enfants sur les vitres. Je crois d’ailleurs que je n’ai plus de vitres, de pare-brise, plus même toutes mes portières. A moins que cette tôle cabossée, aux trois quarts recouverte de feuilles mortes n’en ai été une. Le vague crachin que je sens est sans doute ce qui m’engourdit. Vite, il faut que je déroule le toit. Mais… lui aussi a disparu. Au fond, à quoi aurait-il servi? Je réalise que c’est du sol que monte cette humidité qui me paralyse: plus de roues, plus de plancher. Je me sens toute rouillée, disais-je, en fait, je SUIS toute rouillée! Alors, depuis combien de temps suis-je ici?
Mon dernier souvenir date pourtant de ce matin, lorsque j’ai embarqué les cinq gamins et leur grand-mère pour un pique-nique en forêt. Mais à ce moment là, pas de crachin, pas de feuilles mortes, pas de fougères rousses, pas de branches sèches en travers de mon volant. Le plancher, le pare-brise, le toit, quoique enroulé, étaient bien là. C’était le plein été, tout était vert, chaud, ensoleillé.
Que m’est-il arrivé? Ai-je perdu la mémoire? Si c’est le cas, cette plongée dans l’oubli a certainement duré longtemps pour que je sois en pareil délabrement. Je n’ai même plus de vraies couleurs. Ma carrosserie est ici gondolée, là trouée. Qu’est-ce qui a pu provoquer cette amnésie? Tout ce qui peu à peu me revient se situe toujours dans le temps d’avant le pique-nique. Le convoi de la grand-mère au marché de Bourganeuf pour qu’elle y vende ses oeufs et le fromage. Elle se plaint toujours d’être trop secouée, mais elle aime bien ne plus avoir à atteler la petite voiture à âne. Les excursions vers les plages les plus proches de Vendée: je suis alors pleine de jeunes gens hirsutes qui chantent à  tue-tête Hugues Aufray et Leny Escudero.
Je crois que si je pouvais, je pleurerais en inventoriant ma décrépitude. Moi qui me suis toujours vue comme le fleuron de l’automobile d’aujourd’hui, populaire, sans chichis, moi qui ai toujours nargué la DS, sa suspension extra-souple, son profil aérodynamique, sa silhouette soi-disant futuriste, elle, la voiture présidentielle.
Avec moi, secoués comme ils le sont, personne ne risque de s’assoupir au volant. Avec moi, la traversée de Petit-Clamart et d’ailleurs ne présente pas le moindre danger.

  • Trace : elle l’embrassa

Rouge à lèvres et argent de poche

Sa mère l’embrassa et lui frotta la joue à cause du rouge à lèvres. Son père lui donna un billet de 10 francs.

- Nous t’en enverrons un chaque semaine.

Bouche ouverte, regard liquide, je regardais avec envie cette famille heureuse. Je portai la main sur mon visage encore brûlant où demeurait la marque des doigts du père. Sa main rugueuse ne touchait ma joue que pour y poser taloches cinglantes à répétition. Si la peau de ma pauvre figure était rouge, ce n’était pas la trace d’un rouge à lèvres maternel. Maman aurait aimé, sans doute, maquiller quelquefois ses lèvres de femme. Mais pour qui l’aurait-elle fait et avec quel argent ? En 1975, le salaire d’un maçon pouvait nourrir une famille mais ne laissait pas de place à la fantaisie. Les quelques billets supplémentaires gagnés au noir s’envolaient avec les volutes épaisses des gitanes maïs de mon père ou s’évaporaient dans des effluves avinées.

Maman avait pourtant glissé une pièce de 2 francs dans ma poche.

- Tiens, ne dis rien. Dépense-la en colo, il n’en saura rien.

- Salut ! J’connais personne. Tu te mettras avec moi dans le car ?

Jean-Baptiste, la joue nettoyée, s’était assis à côté de moi, m’avait serré la main franchement. J’allais avoir un copain. Il était bien habillé et ne semblait pas remarquer mon allure de garçon pauvre. L’été commençait bien… Ma mère allait me manquer mais je ne pouvais m’empêcher d’être heureux. Ce bonheur nouveau me faisait honte.

- Hé les gars ! Vous me faites une petite place ? On est les premiers arrivés. Il nous reste une demie heure avant le départ.

Lise venait de poser son sac entre nous. Elle en avait retiré un carnet à dessin ainsi qu’une trousse en cuir molle. Son crayon à la main, elle m’observait.

Je n’avais jamais vu une fille aussi incroyable. Elle devait avoir au moins treize ans, des jambes interminables et dix centimètres de plus que nous. Elle portait un bermuda qu’elle avait taillé dans son jean le matin même et un tee-shirt “souriez, c’est l’été”.

Nous avons souri presque tout l’été, tous les trois. Nous avons nagé, pédalé, ramé, dansé, flirté, rigolé. Lise dessinait. Jean-Baptiste posait. Je vivais. Maman m’écrivait, je l’oubliais. Lise nous aimait, tous les deux. Nous nous aimions, tous les trois.

- Eh ! les gars, y’a du poulet au menu, pouffa François, le p’tit comique de la colo.

Deux gendarmes entrèrent dans le réfectoire, l’infirmière et le directeur suivaient, cherchant du regard notre table.

- Jean-Baptiste, tu vas avoir 12 ans en septembre. Sois courageux : tes parents se sont tués cette nuit sur la nationale 7. Ta monitrice va t’aider à préparer ta valise. Un taxi te conduira chez tes grands-parents cet après-midi.

Nos rires ont cessé. Nous n’osions plus nous regarder. Lise a dessiné la tristesse dans son assiette de purée et nous n’avons plus parlé. Nous savions que notre amitié se terminait.

Quand il a baissé la vitre arrière de la R 16 pour nous faire un dernier signe, le rimmel chipé à une plus grande a barbouillé de noir le joli minois de Lise, taches de rousseur en prison derrière les barreaux.

De ma main droite, j’ai salué tristement le départ précipité de notre ami d’un été. Dans la poche gauche de mon blouson, je serrais à m’en faire mal la pièce de deux francs non dépensée. J’étais maintenant riche de douze francs, Jean-Baptiste m’avait donné le dernier billet reçu la veille de ses parents.

Lise regardait ses chaussures. Son pied traçait un cœur brisé sur le sable de l’allée.

Jean-Baptiste s’est calé au fond du siège.

La radio diffusait une émission de musique classique en stéréo. C’était la sinfonietta de Janacek.

  • Danse

 Avec soin, minutieusement et lascivement Eva enfila pour la millième fois son collant en laine, minuscule et modeste lien entre sa peau livide et le monde. Jambes crayons, jambes rayons, pointes cruelles…c’est fini Eva. Corps cassé, rêve raviné, écartelé, tu craques Eva, tu vacilles et tu revois ta chaotique et accaparante carrière au ralenti. Tu as tout sacrifié à la danse, merveilleuse libellule.

 

L’atelier d’écriture a lu ses productions…lors de 17 mars 2012

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Soirée TRACE du 9 mars 2012

MJC Cosne d’Allier

  • Trace de rouge à lèvres 

lecture : MARIE

Tu viens de te lever et partir. Sur cette table, face à moi, reste seule l’empreinte de tes lèvres sur le verre vide. Dans le brouhaha du bar, sur le tableau flou des autres tables peuplées d’autres gens, à l’arrière plan du verre, me paraît étrangement nette l’empreinte de tes lèvres. Je sens que déjà s’estompe la réalité de ce que nous avons été. Déjà le temps fait son œuvre, mettant au passé ce qui était présent,  il y a une heure, une heure à peine. L’empreinte de tes lèvres, là, sur ce verre face à moi, me rappelle celles que sur mon corps tu as laissées. Et c’est comme si j’étais au musée, à regarder derrière la vitre, les traces de ce qui a existé. Alors, à mon tour, avant de me lever et partir, sur cette empreinte, je dépose un baiser.

  • Traces : les craquelures blanches

lecture : Dodo

Est ce l’épiderme de ma main droite après le dégivrage du pare- brise de ma  voiture

 par cette matinée d’hiver où la température a atteint – 15° ?

 

Est ce le reste de la tarte meringuée tombée de la fenêtre du 12ème étage et aplatie malencontreusement par le camion poubelle ?

 

Est ce une vue d’avion de parcelles agricoles une année de grande sécheresse ?

 

Est ce le Bibendum Michelin dont on distingue encore les yeux en haut à droite, disloqué sous les coups répétés et hargneux des ouvriers qui viennent d’apprendre le délocalisation de leur usine en Chine ?

 

Est ce une carte muette de l’ancienne URSS destinée à un candidat au baccalauréat option géographie ?

 

Est ce une photo prise du satellite orienté sur Paris après 3 jours de chutes de neige ininterrompues ?

 

Est ce une tranche de viande bovine oubliée pendant 5 ans au fond du congélateur ?

 

Est ce une coupe longitudinale de cerveau de téléspectateurs ayant regardé exclusivement TF1 pendant 20 ans ?

 

Est ce un puzzle de 200 pièces mal jointes réalisé en tranches de jambon bio pour le salon de l’agriculture 2012 et représentant de manière assez radicale l’état d’esprit et le désarroi des agriculteurs français ?

 

Est ce le dessus de ma commode IKEA “Bürj ” que j’ai customisé en 3 ans et demi grâce à des fragments de coquilles d’œufs ne dépassant pas 2mm² chacun ?

 

Est ce l’illustration de l’expression « Etre blanc comme une merde de laitier » ?

  • Elle l’embrassa… : Marie

lecture : MARIE

Sa mère l’embrassa et lui frotta la joue à cause du rouge à lèvres. Son père lui donna un billet de dix francs.

  • Allez mon garçon, sois respectueux…et tiens parole !

Ses parents montèrent dans la voiture et disparurent.

Il avança alors d’un pas mal assuré vers la salle des fêtes. On avait installé des ciels de guirlandes électriques devant l’entrée, si bien qu’on avait la sensation étrange de fêter Noël en plein mois d’août. Il baissa les yeux, comme il avait toujours l’habitude de le faire au lycée. Des jupes…des jupes partout, criardes et Vichy. Il longea le mur pour atteindre enfin l’entrée. L’impatience faisait bondir son cœur dans sa poitrine.

Aujourd’hui encore, lorsqu’il raconte l’événement le plus marquant de toute sa vie, ses mains tremblent et ses yeux brillent. Il a même gardé ce fameux billet de dix francs, qu’il déplie à chaque fois, précautionneusement, à la manière d’un parchemin ancien, comme une relique d’un monde révolu.

Deux ballerines bleu-nuit l’arrêtèrent dans sa course. Elle était là, elle était venue. Il leva les yeux lentement : chaussettes blanches, mollets fluets, genoux cagneux, robe chasuble bleu-nuit, collier de perles discret. Un serre-tête de circonstance retenait ses cheveux cendrés. Elle avait osé le rouge-à-lèvres orangé et le mascara bleu, certainement emprunté à sa sœur. Rougissant d’être scrutée de cette manière, elle lui prit la main, enfin.

Ils restèrent toute la soirée assis, muets, et gênés. Les yeux rivés sur leurs mains croisées, bien rangées sur leurs genoux. Lorsque leurs regards se croisaient, ils se souriaient timidement. Autour d’eux, tout était bruyant et agité.

A minuit, la salle se vida. Les moteurs se mirent à ronronner. Lui avait promis à ses parents qu’il la raccompagnerait chez elle. Ils prirent donc le chemin des « routes ». Ils marchaient de concert, en silence. Parfois, leurs avant-bras se frôlaient, ce qui les rendait encore plus transis d’amour. Dans sa poche, il frottait les bords de son billet, plié en deux. Il avait oublié de le dépenser ! Il se souviendrait longtemps de cette douce heure à marcher dans la nuit calme.

A l’horizon, deux lueurs puis deux lampes, puis deux phares aveuglants. Et, brusquement, l’accident. Elle marchait peut-être trop près de la chaussée, la nuit était noire, et ses vêtements trop sombres. En tout cas, tout s’accéléra sans qu’il puisse rien maîtriser : les phares, le crissement des freins, son corps qui vola, une portière qui s’ouvrit. Il eu juste le temps de cligner des yeux et lorsqu’il les rouvrit, tout se déroula soudainement au ralenti. La scène de l’accident était exempte de sang et empreinte d’une grande beauté. Non pas que sa douleur ne fut pas immense mais sachant qu’il la contemplait pour la dernière fois, il avait fait le choix, en un éclair, de garder un souvenir immaculé de son visage. Il devait se remplir d’elle pour tous les jours de sa vie qui lui restait à vivre sans elle. Elle était allongée sur l’asphalte, plus pâle que jamais, les yeux clos, comme si la nuit lui donnait son éternité. Lui, s’était couché à côté d’elle, humait son dernier souffle, et murmurait les seuls mots d’amour qu’il ne lui aurait jamais dit.

 

Lorsqu’il revint à lui, les yeux remplis de peine et de colère, il se dirigea péniblement vers le véhicule, les poings dans les poches, au creux de l’un d’eux, le billet froissé. Une R16 grise avec un capot vert kaki, avec une pancarte « TAXI » jaunie sur le toit. Le chauffard tentait d’alerter les secours avec sa radio cibi. Une musique nasillarde en fond résonnait dans la nuit. La radio du taxi diffusait une émission de musique classique en stéréo. C’était la Sinfonnietta de Janacek.

  • Trace : fauteuil roulant

lecture : Mickaël

La trace, la marque, le reste de ce qui avait été un corps parfait, musclé, sculpté avec soin, dopé peut-être, un corps d’athlète, sûrement. Un choc avait brisé sa carrière, un plaquage trop brusque, une mine mal placée avait cassé sa colonne vertébrale en deux. Son corps portait la trace mais sa tête, sa verve, ses valeurs en étaient transcendées.

Traces physiques irréversibles transcendant un esprit vif, intelligent qui aurait peut-être dormi dans un corps sain.

La trace de son « accident » comme on avait l’habitude de nommer sobrement les 125 kilos qu’il avait pris sur la troisième lombaire, il n’en restait rien sur sa peau. La trace ne se matérialisait que par son fauteuil. La trace roulait pour le porter, laissant derrière lui l’empreinte de deux lignes rugueuses, un chemin à deux voies qui le suivrait inexorablement.

  • Une danse

lecture : Jo

Longtemps, aux mois de mars à mai, ma mère et elle allaient à Lille ou à Lens, main dans la main, le long des maisons luisantes, dérouler leurs longues toiles blanches, s’enroulant dans un mouvement lent et ondulant : la toile claquait. Les corps craquaient. Le bruit des draps bistres ronflait dans l’air saturé.

Elle et ma mère, dans un mouvement lent et langoureux, montaient agiles, mètre par mètre au sommet des lampadaires allumés de la ville endormie. « Concentrée » criait ma mère,

« Accrochée », criait l’autre, « Arabesques et circonvolutions » criaient-elles en chœur.

Les toiles flottantes de lin blanches volaient tranquilles, paisibles, lourdement lestées de leurs silhouettes enlacées et mêles dans ces linceuls étincelants comme des lucioles lovées dans leurs chrysalides. Un jour, elles déroulèrent. Un jour, elles décrochèrent. Un jour, elles (s’écrasèrent) s’envolèrent.

  • Ceinture blanche

Lecture : AGNES

 

Est-ce le haut du bas du maillot de bain, ceinture blanche dessinée en bordure de la peau dorée ou est-ce le bas d’un haut porté sans bas, bande de peau claire, marque d’une sieste au soleil ?

Est-ce le souvenir d’un slip de bain taille 36 qui se dévoile et laisse la place à un petit 34 ? (La belle ignore le mélanome.)

Est-ce la trace d’un haut roulé timidement vers le haut ou celle d’un bas délibérément tiré vers le bas ?

Est-ce Marion des années 8O qui annonçait : “demain, j’enlève le bas !”, clamant haut ce que d’autres pensaient tout bas ?

Est-ce le B.A. Ba d’une histoire d’ô rendant béats beaufs, bobos et babas ou est-ce Bo Derek au sortir de l’eau ?

Oh ! le beau bas sans haut ! Hauts les cœurs et bas les pattes, mains dans le dos d’une maîtresse en maillot de bain !

  • Danse

lecture MARIE et Dodo

Malléable est son corps lent dans la lumière moite, Mademoiselle s’allonge, monte sa main, enveloppe la lueur entre ses doigts.

En un rapide éclair, elle se recroqueville, casse et concasse son corps en soubresauts.

Ses articulations grincent et craquent.

La musique rythmée de ses mouvements s’alanguit soudain, une mollesse lente réapparaît, Mademoiselle s’élance, laissant son corps harmonieux poursuivre sa quête.

Crac, transe, convulsions, contorsions et « constrictions ».

Cloaque de cris sans restriction.

Le corps repart dans une crise à plusieurs tranchants.

Mais Mademoiselle se lance, elle danse malgré ses malencontreuses défaillances, elle danse.

  • Trace : empreintes digitales

lecture : DODO

 

Dommage qu’elle n’existe plus cette trace mystérieuse, celle qui résiste à toutes les cicatrices, celle qui fait que l’on se sent unique…

En vidant le bureau de mon père dans la maison qui allait être vendue, je mis la main sur une enveloppe jaunie par le temps et dont la conséquente épaisseur m’encouragea à décoller la bandelette gommée, qui par ailleurs ne résista pas longtemps.

Soigneusement réunies par un élastique, quatre cartes d’identité ayant appartenu à mes grands-parents, avaient été placées là pour la mémoire…

La taille, la couleur des yeux, l’absence de signes particuliers, tous ces détails me semblaient familiers. Mais découvrir côte à côte les quatre empreintes du pouce de Félix, Simone, Pauline et Eugène sur ce petit rectangle de papier me fit monter des larmes.

  • Une danse ? A lire à deux (+ échos Dodo ?)

lecture : Jo et Agnès

Mal, mon mollet a mal.

Il court.

Il craque.

Il se détraque.

Patatraque.

 

Mille mains molles miment l’aile mâle de la libellule.

L’arc des bras se raidit.

La salle craque sous les cris.

Le corps à corps a porté ses fruits.

 

Malléable, il mélange mille langues, mêle mille lignes.

Ton corps qui court.

Il réclame à cor et à cri

La courbe qui le cambre et le plie.

  • Une trace : le café

Lecture : Jo

Traces de café sur le drap froissé, il est 7 heures. Je ne peux pas me lever sans avoir bu ma première tasse de café dans mon lit le matin. Et tous les jours, encore dans un semi rêve de fin de nuit, les draps se souviennent de cette première tasse de café.

Cette trace ronde, semi circulaire ou quelquefois simple virgule est le témoin de tous mes matins. Elle me rappelle cette addiction à ce breuvage , compagnon de mes nuits d’étudiante, puis de mes nuits d’infirmière, de mes nuits d’amante et de mes nuits d’insomnie… Au réveil, il reste la trace de cette tasse de café que je pose tous les matins à la même place, me souhaitant une bonne journée et de demain, recommencer !

  • Trace : la 2CV de NICOLE

lecture : MICKAËL

    Qu’est-ce qui m’arrive? Je me sens toute humide, toute rouillée. Je ne distingue plus les traces de doigts d’enfants sur les vitres. Je crois d’ailleurs que je n’ai plus de vitres, de pare-brise, plus même toutes mes portières. A moins que cette tôle cabossée, aux trois quarts recouverte de feuilles mortes n’en ai été une. Le vague crachin que je sens est sans doute ce qui m’engourdit. Vite, il faut que je déroule le toit. Mais… lui aussi a disparu. Au fond, à quoi aurait-il servi? Je réalise que c’est du sol que monte cette humidité qui me paralyse: plus de roues, plus de plancher. Je me sens toute rouillée, disais-je, en fait, je SUIS toute rouillée! Alors, depuis combien de temps suis-je ici?
Mon dernier souvenir date pourtant de ce matin, lorsque j’ai embarqué les cinq gamins et leur grand-mère pour un pique-nique en forêt. Mais à ce moment là, pas de crachin, pas de feuilles mortes, pas de fougères rousses, pas de branches sèches en travers de mon volant. Le plancher, le pare-brise, le toit, quoique enroulé, étaient bien là. C’était le plein été, tout était vert, chaud, ensoleillé.
Que m’est-il arrivé? Ai-je perdu la mémoire? Si c’est le cas, cette plongée dans l’oubli a certainement duré longtemps pour que je sois en pareil délabrement. Je n’ai même plus de vraies couleurs. Ma carrosserie est ici gondolée, là trouée. Qu’est-ce qui a pu provoquer cette amnésie? Tout ce qui peu à peu me revient se situe toujours dans le temps d’avant le pique-nique. Le convoi de la grand-mère au marché de Bourganeuf pour qu’elle y vende ses oeufs et le fromage. Elle se plaint toujours d’être trop secouée, mais elle aime bien ne plus avoir à atteler la petite voiture à âne. Les excursions vers les plages les plus proches de Vendée: je suis alors pleine de jeunes gens hirsutes qui chantent à  tue-tête Hugues Aufray et Leny Escudero.
Je crois que si je pouvais, je pleurerais en inventoriant ma décrépitude. Moi qui me suis toujours vue comme le fleuron de l’automobile d’aujourd’hui, populaire, sans chichis, moi qui ai toujours nargué la DS, sa suspension extra-souple, son profil aérodynamique, sa silhouette soi-disant futuriste, elle, la voiture présidentielle.
Avec moi, secoués comme ils le sont, personne ne risque de s’assoupir au volant. Avec moi, la traversée de Petit-Clamart et d’ailleurs ne présente pas le moindre danger.

  • Trace : elle l’embrassa

lecture : AGNES

Rouge à lèvres et argent de poche

Sa mère l’embrassa et lui frotta la joue à cause du rouge à lèvres. Son père lui donna un billet de 10 francs.

- Nous t’en enverrons un chaque semaine.

Bouche ouverte, regard liquide, je regardais avec envie cette famille heureuse. Je portai la main sur mon visage encore brûlant où demeurait la marque des doigts du père. Sa main rugueuse ne touchait ma joue que pour y poser taloches cinglantes à répétition. Si la peau de ma pauvre figure était rouge, ce n’était pas la trace d’un rouge à lèvres maternel. Maman aurait aimé, sans doute, maquiller quelquefois ses lèvres de femme. Mais pour qui l’aurait-elle fait et avec quel argent ? En 1975, le salaire d’un maçon pouvait nourrir une famille mais ne laissait pas de place à la fantaisie. Les quelques billets supplémentaires gagnés au noir s’envolaient avec les volutes épaisses des gitanes maïs de mon père ou s’évaporaient dans des effluves avinées.

Maman avait pourtant glissé une pièce de 2 francs dans ma poche.

- Tiens, ne dis rien. Dépense-la en colo, il n’en saura rien.

- Salut ! J’connais personne. Tu te mettras avec moi dans le car ?

Jean-Baptiste, la joue nettoyée, s’était assis à côté de moi, m’avait serré la main franchement. J’allais avoir un copain. Il était bien habillé et ne semblait pas remarquer mon allure de garçon pauvre. L’été commençait bien… Ma mère allait me manquer mais je ne pouvais m’empêcher d’être heureux. Ce bonheur nouveau me faisait honte.

- Hé les gars ! Vous me faites une petite place ? On est les premiers arrivés. Il nous reste une demie heure avant le départ.

Lise venait de poser son sac entre nous. Elle en avait retiré un carnet à dessin ainsi qu’une trousse en cuir molle. Son crayon à la main, elle m’observait.

Je n’avais jamais vu une fille aussi incroyable. Elle devait avoir au moins treize ans, des jambes interminables et dix centimètres de plus que nous. Elle portait un bermuda qu’elle avait taillé dans son jean le matin même et un tee-shirt “souriez, c’est l’été”.

Nous avons souri presque tout l’été, tous les trois. Nous avons nagé, pédalé, ramé, dansé, flirté, rigolé. Lise dessinait. Jean-Baptiste posait. Je vivais. Maman m’écrivait, je l’oubliais. Lise nous aimait, tous les deux. Nous nous aimions, tous les trois.

- Eh ! les gars, y’a du poulet au menu, pouffa François, le p’tit comique de la colo.

Deux gendarmes entrèrent dans le réfectoire, l’infirmière et le directeur suivaient, cherchant du regard notre table.

- Jean-Baptiste, tu vas avoir 12 ans en septembre. Sois courageux : tes parents se sont tués cette nuit sur la nationale 7. Ta monitrice va t’aider à préparer ta valise. Un taxi te conduira chez tes grands-parents cet après-midi.

Nos rires ont cessé. Nous n’osions plus nous regarder. Lise a dessiné la tristesse dans son assiette de purée et nous n’avons plus parlé. Nous savions que notre amitié se terminait.

Quand il a baissé la vitre arrière de la R 16 pour nous faire un dernier signe, le rimmel chipé à une plus grande a barbouillé de noir le joli minois de Lise, taches de rousseur en prison derrière les barreaux.

De ma main droite, j’ai salué tristement le départ précipité de notre ami d’un été. Dans la poche gauche de mon blouson, je serrais à m’en faire mal la pièce de deux francs non dépensée. J’étais maintenant riche de douze francs, Jean-Baptiste m’avait donné le dernier billet reçu la veille de ses parents.

Lise regardait ses chaussures. Son pied traçait un cœur brisé sur le sable de l’allée.

Jean-Baptiste s’est calé au fond du siège.

La radio diffusait une émission de musique classique en stéréo. C’était la sinfonietta de Janacek.

  • Danse

lecture : dodo

Avec soin, minutieusement et lascivement Eva enfila pour la millième fois son collant en laine, minuscule et modeste lien entre sa peau livide et le monde. Jambes crayons, jambes rayons, pointes cruelles…c’est fini Eva. Corps cassé, rêve raviné, écartelé, tu craques Eva, tu vacilles et tu revois ta chaotique et accaparante carrière au ralenti. Tu as tout sacrifié à la danse, merveilleuse libellule.

Bon vent à tous !

Prochaine séance : 30 mars !

 

STAGE d’ECRITURE avec Faly Stachak 11 décembre 2011

Filed under: stage d'écriture Faly Stachack — salondecritureatelierdethemjccosnedallier @ 2:36  

Consignes :

- écrire un texte à 9 mains, chacun choisit un incipit proposé par Faly et écrit la suite, puis passe à son voisin qui enchaine, ainsi de suite jusqu’à la fin du texte qui sera écrit par la personne qui l’a commencé.

- écrire une description, puis échanger de texte avec quelqu’un qui devra introduire un personnage et un dialogue dans la description de l’autre.

- initiation aux Haïkus : trouver des images à visée éternelle. Par exemple : “Au fond de l’eau, un caillou blanc”

Productions :

A partir de l’incipit choisi par Nicole…

En moins d’une minute, la pièce se remplit de l’odeur chaude et lourde de l’ail et du gingembre. Je me précipite immédiatement vers la fenêtre pour l’ouvrir. Je ne supporte pas l’odeur de l’ail. Évidemment, notre cuisinier d’occasion sursaute puis proteste :

- Qu’est-ce qui te prend ? Tu sais combien il fait dehors ?

- Je sais, – 2°! mais comme vous avez tous décidé qu’aujourd’hui c’était toi qui étais responsable du repas, comme tu es incapable de préparer quoi que ce soit sans gorger ta cuisine d’ail, comme d’autre part, le tirage au sort veut que ce soit moi qui te serve de marmiton, et que moi, je déteste le parfum de l’ail : cru, cuit, blanchi, en chemise, grillé… j’ai ouvert la fenêtre.

L’air gelé entre à grosses bouffées dans cette cuisine moderne, froide, grise d’aluminium, sans âme, où mon beau-frère, le déménageur, a décidé de s’entraîner pour concourir à un Dîner Presque Parfait, sur M6.

« Presque Parfait, songé-je… Va-t-il osé me demander de goûter ? La fenêtre ouverte est éloquente. Que ne suis-je lovée dans mon fauteuil près du feu, le chat roux sur mon ventre, doux, complice de ma dernière lecture. » Aïe…

- Geneviève, regarde ce que tu fais… Tu vas me gâter mon confit d’oie au gingembre, surveille le feu !

Carrure de déménageur, bien charpenté, je me retiens de frapper mon beau-frère. Deux minutes plus tard, il l’a bien cherché :

- Tu le savais, tu  l’as fait exprès. Je déteste l’ail. Déjà à Pâques, chez Chloé, tu as absolument tenu à piquer le rôti à l’ail et en plus, en douce, croyant que je ne m’en apercevrais pas.

La carrure de déménageur s’estompe, ses biceps prêts à faire exploser les courtes manches de sa chemise à carreaux, fondent comme neige au soleil ; il s’avance vers moi :

- Je peux te proposer une douceur si tu veux.

- Heu… oui… pourquoi pas, dis-je en le regardant, troublée.

- Tu veux ?

Déjà son corps (Mon dieu, qu’il est puissant !) s’approche de moi. Je sens sa chaleur à quinze centimètres, c’est atrocement irrésistible, je sens que je vais perdre l’équilibre s’il avance encore un peu (pourquoi j’ai mis ces foutus talons de 18 cm aussi ?), il avance sa main (qu’elle est large !). Il la pose sur mes seins, si petits qu’il pourrait en étreindre trois d’un coup, je sens que je vais m’effondrer, je m’effondre dans ses deux bras aux muscles saillants, si fermes, si durs, je brûle, je fonds, ses yeux vifs dans les miens qui se noient, sa bouche…

- Ha ! tu sens l’ail !

Il s’écarte vexé. Un long silence prend place. La cuisine continue, seule, à s’animer. Une casserole ruisselle d’un beurre fondu. Mes mains cherchent une occupation. Je prends la spatule en bois pour tenter de rompre la glace. Mais c’est le coup de grisou, je fais tomber tous les ustensiles par terre : fouet emmêlé, pêle-mêle et méli-mélo. L’instant fatal arrive, je sens qu’il va me faire des confidences.

- Alors,  mon gros loup, tu t’en sors ? ce confit au gingembre, comment s’annonce-t-il ?

C’est ma sœur qui vient d’entrer. Et, bouche bée, je vois et j’entends le colosse se liquéfier devant elle.

- Je ne sais pas si je vais réussir. Ton imbécile de sœur, au lieu de m’aider, a tout imaginé pour me perturber. Il paraît qu’elle ne supporte pas l’odeur d’ail, alors elle fait semblant de s’évanouir, il faut la relever, puis remettre de l’ordre dans les ustensiles qu’elle a volontairement renversés. Une vraie plaie !

- Je peux te proposer une douceur si tu veux, dis-je suavement.

Il me fusille du regard, je les enveloppe tous les deux d’un sourire angélique et je claque la porte en clamant :

- Je n’aime ni l’ail, ni les beaufs !

Vous aurez remarqué que personne n’a pensé à refermer la fenêtre. Plus de senteurs, d’arômes, de fumets, si ce n’est peut-être quelque relent de roussi, voire de brûlé.

A partir de l’incipit choisi par Marie…

Et j’ai fermé les yeux pour ne plus rien voir…mais la lumière trop vive s’est immiscée entre mes cils, des rayons fins qui finissaient en tâches blanches à l’intérieur de mes paupières closes. Rien à faire.

J’ai ouvert les yeux pour tout voir.

Le soleil est entré dans mes pupilles telle une bombe, mon iris s’est rétréci jusqu’à presque disparaître. Aveuglée, je n’ai plus bougé. J’ai vu son ombre s’avancer vers moi : massive et modelée, j’ai pourtant deviné sa mine grave et sa mâchoire solide à demi-masquée par le contre-jour.

Au-dessus de nous, à la meilleure place, le soleil brillait à tout rompre ou alors c’était le sang dans ma tête qui bouillonnait. J’avais chaud. J’étais glacée.

Depuis le début, je savais. Cette rencontre, je savais. Mais espérée, du creux des dunes, glisser l’oeil au travers de a fente d’une planche de bois, c’était une gorgée de piment bue sans y penser. Sans penser aux lendemains, aux conséquences. A ce qui allait arriver maintenant.

J’ai fermé à nouveau les paupières, comme pour réfléchir mais tout était embrouillé dans mon esprit. Je ne savais plus rien, je n’étais sûre de rien…La seule chose évidente à ce moment-là pour moi, c’était la chaleur étouffante et ce besoin vital de fuir.

Alors que désespérément je cherchais à bouger les jambes, je m entendis lui dire :

  • Eh bien, ce n’est pas trop tôt!Depuis le temps que je vous attends sous ce soleil de plomb…J’allais partir mais puisque vous êtes là et en retard, vous n’avez qu’à m’emmener prendre un verre…

    Il s’arrêta, je ne voyais toujours pas son visage cause du contre-jour. Je lui souris alors, de ce sourire mainte fois esquissé lors des situations délicates dans lesquels je ne manquais jamais de me retrouver.

  • Avec plaisir, dit-il en posant familièrement sa main sur mon bras. Je connais un petit rade très sympa pas très loin d’ici. On sera à l’aise pour bavarder tranquillement.

Je continuai de sourire mais, ayant retrouvé l’usage de mes jambes, je me déplaçai de façon à me trouver dos au soleil. Il pivota sur lui-même pour rester face à moi. Enfin, je pouvais distinguer les traits de son visage…Si j’avais su, je n’aurais pas bougé !

J’étais piégée. Il avait fallu que ça tombe sur moi. Comment avais-je pu être aveugle et sourde à ce point-là. Aveugle, passe encore, mais sourde…Cette voix, je l’écoutais depuis ma plus tendre enfance…Mon père, c’était lui, m’avait piégée et je n’avait rien vu.

Comment m’avait-il trouvée ? Je n’avais plus aucune envie de communiquer avec lui. Je voulais oublier. Mais comment oublier cet homme qui était là, face à moi aujourd’hui ?

Mon sourire figé avait disparu. Il laissa place à un durcissement de mes sourcils et un pincement sur ma bouche. Je pouvais sentir mes poils se hérisser sur mon bras, de cette chair de poule qui fait mal, comme si on nous pendait par les poils. J’arrachais mon bras de sa main harpon. Il sentait l’alcool fort, la sueur sèche, le tabac froid, le vieux chien mouillé et l’humidité d’automne. Son odeur me donna la nausée. Retour à l’enfance désenchantée.

-Repars d’où tu viens, tentai-je après un silence

Mon petit corps tendu, poings serrés, menaçait son approche devenue fragile. Il se détourna et repartit en direction du soleil. Je fermai les yeux pour sentir son odeur s’évaporer dans les ondulations chaudes de l’air.

 

A partir de l’incipit choisi par Agnès …

Il pleut, et les yeux clos, j’écoute. Flic, floc; flic, flac, floc! Les petites gouttes s’écrasent doucement sur la toile de tente. J’adore être ainsi à la fois dedans et un peu dehors. Je me sens à l’abri et tout de même vulnérable. La toile me protège, mais pour combien de temps?

- Tu dors?

- Plus maintenant.

- Tu aimes le bruit de la pluie?

- Franchement, tu crois que c’est le moment d’en parler?

- Et bien moi, tu vois, j’aime bien. Oh! tu t’en fiches , je sais, mais c’est comme ça, j’aime bien. Ecoute : flic, flac, flic, flac.

- Et toi, écoute : tic-tac-tic-tac…Alors, tu l’entends, le bruit de ma montre qui nous indique que l’heure tourne? Tu les entends, mes heures de sommeil qui s’envolent? Non, mais vraiment, écouter le bruit de la pluie à deux heures du matin, merci bien!

-Mais oui, chéri, j’entends le tic-tac de ta montre. D’ailleurs, avec le bruit de la pluie, ça fait une jolie musique. Ecoute : tic-flic-tac-flac-tic-flic-tac-flac… Quand je vais raconter ça à Chantal demain au déjeuner, elle qui adore la musique, je pense qu’elle sera…

-Ta gueule!

- Comment?

- Ta gueule!

- J’en reviens pas. Dire qu’on devait passer trois jours en amoureux! Petit déj au soleil, balade au clair de lune, câlins derrière les buissons… Mais déjà deux jours et que des engueulades.

Il bougonne, marmonne, mais ne fanfaronne ni ne ronronne. Des grimaces, des jurons.

- Bon, ben salut! dit-il.

- Quoi?

- Je m’en vais, je me casse, je me tire. Finie la petite musique.

Il attrape son jean humide (maintenant).

- Mais, tu vas pas sortir sous cette pluie?!?!

-Et ben pourquoi pas? je vais aller me gargariser moi aussi de musique sous la pluie: mais ma musique à moi, elle fera glou-glou.

Il rabat la couette, me découvrant brutalement au passage. J’en frissonne sous la dentelle de la nuisette ( la nuisette en camping, tu parles d’une idée! Ce qu’on s’caille là-dedans) et commence à entreprendre une sortie en rampant, vue l’exiguïté de notre nid. Dans l’obscurité, il ressemble à une grosse chenille malhabile avec ses cheveux hirsutes. J’éclate de rire !

Il se retourne et me fusille du regard. Même dans l’obscurité, je sens son regard sévère et pesant. Ce regard, je le connais si bien depuis quelques mois, je peux même l’imaginer dans le noir le plus complet.

- Tu te rends compte du ridicule de la situation ! dis-je du ton le plus léger possible- T’as qu’à te moquer de moi, en plus! Tu me réveilles pour me chanter ta chanson débile et en plus te foutre de ma gueule ! Écoute bien la petite musique de la fermeture Eclair, c’est la dernière fois…

Et voilà, il est parti… J’entends la portière de la voiture qui claque, le moteur qu’il met en route, le crissement des pneus sur les gravillons du chemin, le bruit du moteur qui s’éloigne, et puis d’un coup, silence…pesant…

-Tiens! il ne pleut plus! Dommage… J’aime bien le bruit de la pluie…Flic…Flac…floc… sur la toile de tente…Maintenant que je suis seule, ça aurait pu m’endormir…J’ai enfin de la place pour m’étendre comme je veux. J’ai toute la couette pour moi toute seule! J’espère simplement qu’il ne va pas revenir tout de suite, surtout s’il est bourré comme l’autre fois…

Mais… j’y pense…la voiture…

Ma voiture! Il est parti avec ma voiture! Je suis toute seule sous ma toile de tente dans un coin perdu d’Auvergne : Laqueuille-gare !

Laqueuille-gare? Bonjour l’accueil, merci la gare. Demain, je prends le train!

 

A partir de l’incipit choisi par Jocelyne…

Cette odeur là m’était étrangère, ou plutôt inconnue, pire je ne la sentais pas. J’avais perdu le goût, agueusie, avait diagnostiqué le médecin, due à un mélange médicamenteux inadéquate. Pourtant je la voyait, elle était rose et blanche et saumon, mes yeux voyaient une langoustine sur un plat merveilleux de jour de Noël en famille.

Je voyais cette odeur mais ne pouvais la sentir. Pourtant, je la palpais presque, je me souvenais d’elle, mes narines en frémissaient mais le goût et l’odeur venaient de l’intérieur. Le fumet, doux suave et iodé des langoustines flottait dans la pièce chaude de ce Noël en famille et je le sentais de l’intérieur…

De l’intérieur me venait encore le souvenir de ma dernière langoustine entre amis, avant l’agueusie… si seulement à ce moment-là, mes papilles, mes narines avaient bloqué les odeurs, les goûts à l’extérieur ! Edouardo était beau mais cuisinier… zéro ! Ce jour de Noël, il m’accompagnait désolé de me voir voir l’odeur perdue. Sa main sur la mienne, son toucher me rendit au monde.

Edouardo, par contre, je n’avais pas oublié son odeur caractéristique, un mélange subtil de miel et d’épices. La douceur et la force- la brise et la tempête.

  • Edouardo, je n’ai plus le goût à rien. Trouve moi l’antidote… Il chercha dans la poche interne de son petit veston et en sortit un pilulier.
  • Tiens, avale vite, avec un grand verre d’eau !

Sans réfléchir, je lui obéis.

Et là, miracle, le goût revint en moi, mes facultés gustatives étaient encore meilleures et démultipliées, si bien que le meilleur œnologue du monde n’était qu’un bébé de six mois par rapport à moi !!!

Comment, pourquoi ? Tant de médecins… tant de larmes, et une simple petite pilule, suffisait aujourd’hui à démultiplier mes sens ! Je sentais comme jamais je n’avais senti de ma vie ! Et c’était trop ! Submergée, engloutie par des dizaines d’odeurs, de relents, de fragrances, de parfum qui se chevauchaient sauvagement, se bousculaient, se heurtaient, à en faire péter mes narines, ma bouche, ma tête ! Le suave, le doux, le fleuri, le piquant, l’amer, l’acide traversaient mes sens sans que je puisse jamais les arrêter, un vacarme d’odeur infernales qui tuaient tous les autres sens? La bouche ouverte, d’Edouardo, sa langue, il parle, il crie ? Je n’entends rien ! Je n’entends plus. Cette main sur mon bras, la sienne, je ne sens rien ! Que ces dizaines d’odeurs qui m’assaillent, ma tête.

- Edouardo, je cois que ça ne va pas mieux, je ne sais pas ce que tu viens de me donner, mais mes sens sont renversés !

Tout mon corps se dérobait à moi, les odeurs m’entêtaient, je ne contrôlais plus mes gestes. Tout à coup, mon bras s’élança, incontrôlable sur ma droite, renversant l’assiette de Tata Paulette alors que ma jambe envoyait un énorme coup de pied à mon fils installé en face de moi. Je ne sentis rien, bien sûr.

Je n’entendais plus, je ne sentais plus ce que je touchais, je ne distinguait qu’approximativement ce et ceux qui m’entouraient, est-ce que je pouvais encore parler ? Il fallait essayer.

- Edouardo, pourquoi m’as-tu fait avaler la pilule au goût de langoustine de Tata Paulette, notre célèbre œnologue ?

Et d’un seul coup, comme un immense tremblement de terre, j’éternuai si fort que cette odeur si iodée de langoustines ressortit par mes narines. Mes sinus explorèrent. Mes oreilles, mes papilles explosèrent, de nouveau mes yeux virent, mes oreilles entendirent, mes mains touchèrent et je sentais et goûtais les langoustines. L’odeur me parvenait de nouveau de l’extérieur et je salivais, pleurant de joie, l’appétit revenait, les bouchons sautèrent, la nouvelle année pouvait commencer.

A partir de l’incipit choisi par Florine

Et sur moi, cette odeur déplaisante. J’avais beau frotter, elle s’accrochait. L’écurie du bouc est décidément un vrai piège à odeur: noisette et musc légèrement corsé font alliance pour imprégner les tissus. Je n’aurais pas dû entrer. Mais le décor me plaisait: la paille fumante, le vent léger qui s’engouffrait dans l’écurie me faisaient penser à la ferme de mon enfance. Bien sûr, cette odeur si forte, si entêtante, qui flottait dans l’air, qui semblait imprégner l’herbe, les arbres, aurait m’alerter. Je n’aurais jamais entrer dans cette écurie. Mais à croire que mes capacités olfactives s’étaient trouvé complètement paralysées quand j’ai cru revoir l’appentis de ma grand-mère qui lui servait de poulailler. J’aimais tant aller avec elle chercher les oeufs.

Et voilà, je me retrouvais sous la douche avec le gant de crin. Mais cette odeur, je me demande réflexion faite si elle existe toujours réellement après trois douches au tiaré d e Tahiti… peut-être qu’elle était montée dans mes méninges et répandue dans le cerveau et ne pouvait plus ressortir, coincée qu’elle était derrière mes sinus refermés sur elle.

Me voilà prisonnière de l’odeur de bouc… Pour une première rencontre, quel souvenir…

-Tu n’aurais pas pu te laver pour ce speed-dating? Dit le bouc!!

-  « On ne voit bien qu’avec le cour », on ne sent bien qu’avec les mains! Au large goujat que tes yeux ne se posent plus sur moi, hurlai-je vexée.

Ah … l’époque bénie où ma grand-mère me laissait l’escorter jusqu’à son poulailler … j’avais huit ans, le soleil mordait délicieusement ma peau et nous allions porter notre « récolte » d’oeufs à la ferme voisine où vivait Léon, le petit Matinot, grand pour son âge, brun, le sourire malicieux … Tiens … mais

-Bonjour!

-Léon? C’est pas possible- Je reconnus immédiatement ses yeux, bleus, perçants, surmontés de sourcils fournis et broussailleux. Je l’avais quitté imberbe et me voilà devant un homme à la barbe fournie, aux épaules larges et à la carrure d’athlète.

-Tu habites ici?

-Oui. Mais qui êtes-vous, dites-moi. Je n’ai pas le plaisir de vous connaître.

-Tu te rappelles pas de moi quand j’avais huit ans, on allait ramasser les œufs ensemble.

-Ah oui!! Tu as bien changé.

-Et toi aussi!

-Que fais-tu ce soir?

-Rien, pourquoi??

-Ça te dit d’aller dîner au restaurant « le Campanile » le logis de France du village voisin pour discuter du bon vieux temps?

-Oui, à ce soir 20h, tu passes me chercher chez ma grand-mère.

-OK, à ce soir.

C’est une autre odeur qui m’attend. Une odeur d’amande douce, parfois un brin de paille amer, j’en suis toute retournée. Et quelle délicatesse de m’inviter « au Campanile », déjà quand nous étions petits, c’est lui qui portait tous les œufs…

Ca aurait pu être une soirée magnifique. Alors que je rejoignais, toute guillerette, la maison de ma grand-mère, des lumières rouges tournoyaient sur la façade aux roses trémières. C’est ce soir-là que ma grand-mère avait décidé de mourir.

A partir de l’incipit choisi par Anne-Laure

« Touché ! »

C’est toi le chat, encore une fois ! lui dit-elle en repartant le plus vite possible, loin derrière lui. Et cette fois, aucune chance que tu ne m’attrapes… elle courait maintenant. Elle avait poussé la porte du salon, traversé l’étroit couloir et foncé dans le jardin.

Elisabeth avait presque neuf ans cet été là. Les vacances commençaient juste. L’orage de la nuit avait détrempé les allées du jardin et les avaient rendues glissantes. Mais Elisabeth n’était pas du genre à se laisser impressionner par ce genre de détail. Elle était bien déterminée à humilier son débile de cousin. Etienne avait atteint l’âge bête. Elle avait surpris une conversation entre ses grands parents ou plutôt, elle s’était blottie derrière la commode pour écouter.

Mais qu’est-ce que cela signifiait l’âge bête ? Il y a un âge pour être bête ? Elisabeth était perplexe, mais puisque ses grands-parents le disaient alors il n’y avait pas de doute à avoir.

« Touché ! Deux fois ! » Elisabeth ne l’avait pas vu arriver par derrière. La commode de la grand-mère était décidément très mal placée pour être une vraie bonne cachette. Elle rougit de honte ou de rage car il ricanait de l’avoir humiliée une fois de plus. Elle pensa que ce ricanement bête doublé du scintillement de son appareil dentaire devait être des symptômes débiles du fameux âge bête dont avaient parlé ses grands-parents.

Elisabeth allongea le bras et saisi l’objet qui lui vint en premier ; le laissa tomber par terre. Le pied d’Etienne s’éleva de douleur sous le coup du chandelier. Le garçon hurla et son appareil dentaire vola pour s’écraser sur le tapis à franges.

« Touché » s’écria Elisabeth en s’emparant, non sans un certain dégoût de l’objet dégoulinant de bave mêlée à quelques flushs oranges du tapis.

« Rends-moi ça immédiatement »hurla Etienne avec un léger chuintement sur le ça

« Qu’est-ce que tu m’ donnes ?

Une paire de gifles si tu m’le rends pas tout de suite » ça se confirmait, il avait du mal avec les « s »

« Vite, cria t-il ou je vais le dire à mamie.

T’es vraiment un rapporte-paquet !

Et toi, une chipie. J’ai entendu, papy l’a dit à mamie hier soir. Il a dit que tu étais insupportable.

Elisabeth resta bouche bée…alors papy et mamie avaient parlé d’elle aussi…

Rien d’étonnant finalement, réfléchit elle très vite. Ils s’ennuient tellement qu’ils passent leur temps à critiquer, même leur petits-enfants.

Tout d’un coup, elle avait compris… en tout cas, elle devinait qu’elle avait compris quelque chose d’important sur les relations entre les gens.

Alors, elle lui tendit l’appareil dentaire, cligna de l’œil et murmura :

« Tiens, pauvre cloporte. »

A partir de l’incipit choisi par Dodo…

Et sur moi, cette odeur déplaisante. J’avais beau frotter, frotter, elle s’accrochait.  Mais d’où provenait elle ? Tout en essayant tous les produits d’entretien présents sur l’ évier encombré de la cuisine, j’essayais de passer en revue tous les lieux que j’avais fréquentés cet après midi et d’où j’avais bien pu, au passage, me vêtir de cette odeur infâme.

Mélange d’odeur de putois, d’œuf pourri et boule puante. .Où ai-je pu être imprégné d’une telle odeur ? Ah oui ! En début d’après midi, j’ai rendu visite à Brian , mon copain d’enfance. Une odeur immonde régnait dans son appartement. Je crois bien qu’il ne fait jamais le ménage ; il doit sans doute ne se laver qu’une fois par an. ! C’est de là d’où vient mon effroyable odeur.

L’ennui, c’est que j’avais rendez vous dans cinq minutes au bar des Amis avec Aline. Trois fois que j’avais changé de chemise ! Rien à faire, elle me collait à la peau. Ce n’était pas seulement l’odeur de crasse qui s’était imprégnée maintenant, mais celle, suffocante de l’eau de Javel mélangée au Mir et au savon de Marseille. Et merde !!! Voilà qu’en plus, je me collais l’allergie ! C’était moi cet homme maigre, aux bras interminables constellés de pastilles rouges, au ventre grenadine délavée ? Aline était un beau coup. Trois mois que je la travaillais, méthodiquement, stratégiquement…

Je ne peux pas lui faire le coup du lapin, ce serait ruiner mon entreprise ! Il faut que je retrouve mon baume magique à l’odeur de fleur d’oranger à base d’huiles essentielles. Je retrouverai, grâce à son application, la peau blanche et laiteuse que j’avais en sortant du bain d’onguent pris hier pour l’occasion. Où est ce tube ? A quand remonte ma dernière crise urticante ?

Ah oui ! C’était il y a presque six mois, quelques minutes avant d’aller rejoindre Simone avec qui j’avais rendez vous au Buffet de la Gare. Alors que je m’apprêtais à sortir de chez moi, pomponné de frais, des démangeaisons violentes m’ont parcouru les mains, puis les épaules, le cou, les jambes, le ventre enfin. Impossible de sortir dehors dans cet état ! Je n’ai plus oser contacter Simone…

Et voilà que ça recommence ! On appelle ça comment ? Elle dit comment ma copine Jocelyne ? Ah oui, un acte manqué… ! Elle connaît bien , c’est la reine des actes manqués, ma copine…

A chaque fois qu’elle va à un rendez vous, il lui arrive un truc disqualifiant genre :

son portable dans la machine à laver avec le dernier SMS fixant le lieu du rencart,

les pneus de la voiture pris dans les flaques d’eau gelées, de l’encre indélébile à la place de son shampooing colorant ( erreur du fabricant )…

Bon, il ne faut pas que je me déconcentre, il va falloir essayer les grands moyens. Et j’ai crié, crié Aline pour qu’elle…

Peu de chance qu’elle me revienne si je ne m’enveloppe pas du baume magique essentiel.. Oh la tuile, le tube, je l’ai prêté à Brian…Il avait lui aussi de méchantes démangeaisons et un rendez vous… au Bar des Amis ! Oh le traître, le répugnant félon. .D’un bond, je sors de chez moi…. 

« APPRENEZ LEUR LE CANIVEAU ! » qu’ils disaient !!! Juste devant l’entrée de l’immeuble, bien en évidence, déposée avec amour par un molosse d’au moins quatre vingt dix  centimètres au garrot, un étron gigantesque… Mon pied droit l’évite, mon pied gauche non ! Je glisse, projeté en avant. Mon centre de gravité se déplace vingt fois en quelques secondes. Mon embardée se termine enfin et je me retrouve au sol, allongé douloureusement, la tête et les cheveux adhérant au trottoir…et sur moi cette odeur déplaisante… C’est définitivement pas mon jour !!!!

 

 

A partir de l’incipit choisi par MicKaël…

 

-Touchez,s’exclame la vendeuse de pulls en cachemire des Galeries Lafayette.

-C’est doux, vraiment doux, c’est du vrai cachemire à 80 € le pull, et en plus c’est pas cher !!!!

-Pas cher, pas cher, vous rigolez !

Coline reposa le pull sur le comptoir. Décidément, il fallait qu’elle se calme, mais aussi ce rendez-vous… Depuis 1 an et demi qu’elle dormait seule dans son lit…Il fallait plaire, à tout prix !

-Heu… je peux payer en plusieurs mensualités ?

-Bien sur, si vous avez la carte de fidélité.

Elle retourna son sac illico sur l’étagère qui abhorrait une écharpe bleue turquoise à paillettes. Elle trouverait bien dans son fatras intime cette fichue carte de fidélité. Elle était sûrement coincée entre le portefeuille et la paire de lunettes de soleil. C’était aussi l’occasion de détruire à jamais quelques vieux tickets de caisse. Devant les yeux écarquillés de la vendeuse, Coline faisait l’inventaire de son sac à main à la recherche de la carte de fidélité perdue.

Et tout à coup, que croyez-vous qu’il arriva ? Au fond, tout au fond, sous le tube d’aspirine, le paquet de kleenex, le répertoire téléphonique, le mouchoir en tissu tout tire bouchonné et autres curiosités qu’elle identifiait du bout des doigts, autant que du regard, elle sentit, non pas la carte de fidélité (qu’est qu’elle avait pu en faire ? est ce que Jocelyne ne lui aurait pas chipé) elle sentit donc… Un préservatif. Chasser le naturel, il revient…par l’inconscient. Le RDV de 19h00 qu’elle tentait désespérément d’oublier quelques instants en achetant un pull en cachemire à 80 € était quand même bien préparé, bien anticipé, elle avait beau se dire qu’elle avait mis ce préservatif machinalement dans son sac hier soir. Machinalement, machinalement, elle avait tout de même vérifié la date de péremption. Sa dernière aventure s’étant interrompue dans le grand éclat de rire moqueur du compagnon, constatant sur l’emballage plastifié que la vie érotique de sa nouvelle amie devait être plus que chaotique. Elle retrouva finalement sa carte de fidélité, mais un drame se produisait au moment ou elle s’apprêtait à payer.

-Au secours s’il vous plaît !

La voix stridente et désespérée venait de l’étage inférieur. Déjà des clients comprenant qu’un événement anormal était en train de se passer se pressaient vers l’endroit d’où provenaient les hurlements.

L’escalier, l’escalator, quelle horreur,

- Au secours à l’aide !

Décidément Coline n’avait pas de chance. Alors qu’elle venait de retrouver sa carte de fidélité et qu’elle allait enfin pouvoir s’offrir le pull qu’il lui fallait, oui, il lui fallait ce pull pour son RDV de ce soir, la vendeuse la plaqua là, pour sauver une vie peut-être. Coline n’avait plus le temps d’attendre…

Elle mis le pull dans son sac, et à la sortie fit sonner l’alarme mais par chance aucun agent de sécurité n’était là pour l’intercepter du fait qu’ils étaient tous au chevet de la personne ayant fait un malaise sur l’escalator.

Ainsi elle put mettre son pull pour son RDV de 19h, celui-ci se déroula comme dans un rêve, et le préservatif fut utilisé dès le premier soir.

 

Moralité :

Le malheur des uns fait le bonheur des autres.

 

Descriptions tissées

Nicole tisse la description de Florine

- Les toits grisâtres dominent la forêt. Les pics apparaissent, majestueux, élancés vers le ciel bleu, ciel ponctué de quelques nuages moutonnants, blancs. Les flèches le traversent comme pour le transpercer et dire la volonté de s’élever plus encore.

- Oui, Coco, c’est bien. Mais essaie de prendre un ton… euh… un ton moins… « des racines et des ailes ». Tu vois ce que je veux dire ?

- Euh ! non.

- « Dire la volonté de s’élever plus encore » tu entends déjà l’idée de pouvoir, de puissance. N’en rajoute pas en faisant dans le pompeux. Okay ? Ne t’affole pas, on refera la prise tout à l’heure.

- Combien de cheminées y a-t-il ?

- Elles sont indénombrables tellement leurs formes sont variées et tellement elles sont proches les unes des autres.

- J’enchaîne, là ?

- Vas-y.

- L’ardoise s’assombrit au passage d’un nuage puis scintille aux rayons brillants du soleil.

Après avoir crié « Coupez ! », Edouard, le réalisateur se tourne, discrètement croit-il, vers la responsable du casting.

- Tu l’as trouvée où, celle-là ? Plus nunuche, ça n’existe pas.

- Mais tu sais bien, elle est la dernière conquête du responsable Docu de M6. C’était elle ou pas de financement.

Pendant cet aimable échange, la Nunuche-dernière conquête bat énergiquement des cils et répète son texte à mi-voix avec même application et même incompétence.

- Un arc-en-ciel se dessine près des fontaines installées aux jardins. Il n’est pas net et s’efface à l’orée des toits.

Edouard veut rester confiant. Ce court-métrage, il faut qu’il le réussisse. Il contemple encore et toujours cette architecture renaissance dont il ne se lasse pas. Les hautes fenêtres allongées qui se dressent comme pour défier les cheminées. Le ciel qui s’y reflète et trouve les éléments unis : l’eau des fontaines, la chaleur des rayons, l’air ondoyant du matin et le granit protecteur tout autour. Un granit jaune, rugueux au toucher, mais rassurant une fois taillé. C’est tout cela qu’il veut donner à voir, à goûter, à sentir : la froideur, l’unicité des matériaux et en même temps, la douceur de l’air, la poussière de soleil, la buée du petit matin… Mais, trêve de rêverie…Il claque dans ses mains

- Allez, les enfants ! On continue.

Françoise, photographe de plateau, caresse du regard la façade composée de grosses pierres de taille comme on en trouve dans la région. Le bruissement des feuilles donne à l’ensemble une certaine harmonie, naturelle, comme si l’édifice avait toujours été là, au cœur des éléments. Elle pose un coude sur la balustrade, le menton dans la main. Emmitouflés dans leurs écharpes, quelques promeneurs se distinguent dans les allées. Du haut des toits, ils paraissent ridicules. Françoise ne fait pas de photos. Personne ne le lui reprochera : elle est stagiaire par protection. (Toujours les pistons indécents de son père). Donc, elle n’écoute pas ce qui se dit autour d’elle, elle ne regarde pas l’équipe qui s’agite.

Quelques chevaux hennissent, il est l’heure pour eux de se dégourdir les pattes en balade. La robe brune d’un étalon s’avance au petit trot dans la pelouse, côté ouest du château. Il salue les tours et leur fait allégeance comme au temps des chevaliers. Et Françoise divague complètement. Les toits d’ardoises, les clochetons, les cheminées, elle est en train de les peupler. Elles aussi accoudées à la balustrade, de belles dames en robes de brocart papotent tout en accordant un regard distrait, voire indifférent, aux gentilshommes qui caracolent sur les traces de quelque cerf ou chevreuil. Ce qu’elles disent, ce qu’elles taisent, là, sur cette terrasse à hauteur de toit, voilà ce qui mériterait d’être mis en images.

- On arrête tout ! crie quelqu’un près d’elle en la faisant sursauter. C’est l’heure où Chambord ouvre au public.

En effet, l’herbe encore humide apporte une certaine fraîcheur aux premiers touristes qui s’avancent vers l’entrée. Edouard avec son équipe range le matériel, il se demande s’il parviendra à ce qu’il veut et fusille la nunuche qui renifle dans son mouchoir. Elle vient encore de subir les mêmes reproches et ne comprend toujours pas pourquoi. Françoise découvre qu’elle n’a rien perçu de la scène. Elle fixe la grande porte tout aussi imposante que le reste.

- C’est fait exprès, se dit-elle. Quels mystères, quelles rumeurs, quelles intrigues derrière cette porte, dans les ruelles du toit, et courant d’une cheminée à l’autre ? Oui, une fiction, ce serait bien plus intéressant à réaliser qu’un documentaire.

Florine tisse la description de Nicole

 

Hélène est au volant de sa voiture. Elle est concentrée. En effet, une route étroite grimpe à flanc de montagne. Côté sud, tantôt à droite, tantôt à gauche selon le sens du dernier virage en épingle à cheveux, des flaques de soleil éclaboussent l’asphalte et l’éblouissent un peu.

-Ce qui est bien, sur les routes de montagne, c’est que la voix insupportable de ton GPS fait silence. C’est trop bon, je vais enfin pouvoir me reposer et commencer à apprécier ce week-end.

-détends-toi, Suzie, en pense plus à la civilisation. Tu avais envie d’air pur, nous y sommes presque. Tu t’es bien rendu compte que le GPS nous a tout de même sauvé la mise à la sortie de Lyon. Quelle circulation, j’en suis encore toute crispée sur mon volant. Profite du soleil.

Après le virage suivant, l’ombre épaisse des arbres. Les feuillus dont la pointe, en ce début d’automne, commencent à peine à tacheter de jaune pâle ou d’orange les masses sombres des sapins. La voiture file et se faufile dans ce paysage, les deux jeunes femmes souriantes à son bord. Parfois, une vaste plage vert tendre, encore habitée de troupeaux.

-Oh! Regarde: des moutons, et là des vaches! Cela faisait des lustres que je n’avais pas vu ça!

-Pas étonnant, répond Hélène à son amie, entre ton travail, ta vieille mère infirme, ton énorme chien qui est entre parenthèse en train de baver sur mes sièges arrière, tu n’as pas pris de temps pour toi et ta vieille copine. Depuis combien de temps n’as-tu pas pris de vacances?

-mes dernières vacances remontent au pèlerinage à Lourdes pour ma mère qu’ona fait l’année dernière. Les bouchons à la sortie de Lyon, c’est rien à côté de la file de fauteuils roulant qui s’étend à perte de vue. On a attendu des heures! Pour rien. Quelle tristesse.

Soudain, la voix du GPS : « un village s’étire le long d’une courte ligne droite . Hôtel à 500 mètres. Tourner à droite dans 200 m. »

-Mais dis donc, ton GPS a l’option poésie, je rêve: l’air de la montagne lui fait du bien.

L’entrée dans le village offre aux deux amies une rangée de maisons trapues, à étages, adossées à la pente, dégoulinant de géraniums, toutes fenêtres ouvertes, comme pour conserver les arômes de terre humide, de champignons et en même temps se gorger des derniers soleils chauds.

-Quelle chance d’avoir si beau temps pour ce week-end en virée? Tu trouves pas?

La voix du GPS et le ronflement du chien baveux ne permettent pas à Suzie de répondre:

« Hôtel « les mignonnettes » Arrivée. Vous êtes arrivés. » Hélène coupe le moteur, les complices échangent un regard de satisfaction. Un dernier coup d’oeil au dépliant touristique, puis elles sortent de la voiture pour s’étirer un peu, le chien ne bronche même pas. Silence. A peine troublé par le ronflement lointain d’un tracteur. Ciel « bleu, bleu, bleu » s’enchanta Hélène. Il était strié du ballet de minuscules avions argent, brillant en plein jour comme des étoiles. Immobilité de l’air. Sérénité. Paix. Suzie dont les jambes engourdies demandaient une petite marche aperçoit alors un peu plus loin, sous le couvert d’une forêt épaisse qui masque soleil et ciel bleu, quelques hautes croix de bois plantées dans un sol chaotique, boursouflé, crevassé d’étroites et sinueuses tranchées. Qu’est-ce que c’est que ce truc? Se demandait-elle au fur et à mesure qu’elle avançait. Une plaque commémorative lui apporté la réponse: « le Creux de l’enfer fut le théâtre d’un bataille sanglante qui décima près des ¾ de la population des 5 villages environnants ». Suzie leva les yeux sur le lieu désenchanté portant encore, bien visibles, les stigmates de corps à corps vieux de près d’un siècle. Les chambres d’hôtel avaient une vue imprenable sur le cimetière du champ de bataille.

 

Dodo tisse la description de Mickaël

 

Un grand lac avec des reflets scintillants solaires sur toute sa surface se love au milieu d’une vallée. De micro- vaguelettes crées par un vent de faible intensité qui vient caresser le visage des promeneurs fait ressembler ce lieu à un mini océan.

- C’est bien ce qui est écrit sur le descriptif !

- Même avec le GPS, pas facile d’accéder à cet endroit. Mais voilà, apparemment, on y est !

Lionel gara la petite Fiat sur un emplacement dégagé, coupa le moteur et s’étira longuement…

-Quatre heures de route, J’espère qu’on ne sera pas déçu, lança Lionel dubitatif.

- Commence pas à bougonner. C’est original et sympa cette idée de cadeau pour notre anniversaire de mariage.

- Personnellement Hortense, j’aurais bien préféré un bon repas gastronomique !

- Allez, joue le jeu, ça nous fera de beaux souvenirs !

Hortense se persuadait en le disant que cette idée de randonnée dans les Alpes, dans une région pour eux inconnue, allait raviver la flamme de leur couple un peu éprouvé par les années de vie ensemble et où les émotions communes s’étaient un tantinet amoindries.

Du haut du promontoire, ils aperçoivent la plage de sable blanc, déserte car la température ambiante, proche de 14 °c, dissuade les nageurs potentiels.

- On n’aurait pas dû choisir cette période, lance Lionel toujours un peu renfrogné. Au mois d’avril, c’était risqué !Oublions la baignade. Il ne nous reste que la marche. En plus, j’ai oublié mes chaussures de rando…Merde !!!

De loin, Lionel et Hortense devinent le sentier de randonnée, entourant cette splendide étendue d’eau. Il paraît très chaotique. De grosses pierres, des petits cailloux, des souches d’arbres sont répartis sur tout le parcours. Toutes ces conditions rendent le tour du lac très compliqué !

- Franchement , Hortense, c’est bien pour te faire plaisir ; et puis on a promis à nos amis un reportage photos. Mais bon, les efforts, c’est pas mon truc ! A mon âge, je n’ai plus envie de violenter mon corps. D’ailleurs, mon kiné me l’a dit _ Ne faites que ce qui n’est pas violent et respectez votre corps_…Si je le respectais vraiment c’est chez Trois Gros, les pieds sous la table que je serais à cette heure… !

- Écoute ce qu’il disent dans le guide, coupa Hortense qui commençait à perdre un peu patience : Les personnes empruntant ce chemin peuvent parallèlement à leurs pérégrinations faire connaissance avec la faune et la flore de ce secteur montagneux des Alpes…

- Parce qu’il y a des secteurs pas montagneux dans les Alpes , asséna Lionel

- …. à travers la lecture des panneaux du parcours découverte nature réalisée avec l’aide du Conseil Général de Savoie et du ministère de l’environnement.

- Mais  franchement, ils n’ont rien d’autre à raconter dans ton prospectus_ son grand père prononçait très mal le mot prospectus et Lionel avait gardé cette  habitude langagière familière et affective, ce qui lui valait quelques railleries  de ces collègues_ que de glorifier  le ministère de l’environnement. Y aurait beaucoup à dire. C’est sûr qu’ici, ils ont déjà la matière première !

Décidément Lionel n’allait pas garder de ce périple un souvenir inoubliable et Hortense pressentit rapidement que cette randonnée allait se terminer en cauchemar. On a tort souvent de vouloir aller contre la nature profonde des gens, même de ses propres amis. Alice et Étienne pourtant portés par de bonnes intentions auraient dû se douter que cette «  Box » à l’intitulé ronflant : DECOUVERTE ET RENCONTRE AVEC LA VRAIE NATURE  était une vraie fausse-bonne-idée…

Même les illustrations pourtant très ludiques  présentant le mouflon, la marmotte, le sapin des Alpes et plein d’autres végétaux et animaux occupant l’espace environnant le lac n’arrivèrent pas à convaincre Lionel.

- Tu parles ! On ne les verra qu’en photo toutes ces bestioles. C’est totalement racoleur ces panneaux. Tiens, c’est comme le panneau de signalisation « ATTENTION TRAVERSEE D’ANIMAUX SAUVAGES » sur les routes longeant les forêts. Tu peux attendre un moment avec ton appareil photo avant d’en voir traverser un..

- Là Lionel, je reconnais bien ton sale esprit et ta mauvaise foi !!

-Regarde ce qui  est écrit en bas du panneau, renchérit Lionel :Si le visiteur lève les yeux, il voit alors un paysage montagneux magnifique composé de petits bois et d’espaces vides. Je vais te dire un truc Hortense. Le visiteur que je suis, si il lève les yeux et bien…il se casse la gueule parce que sur ce chemin uniquement empruntable par les chèvres et les boucs, vaut mieux regarder ses pieds !

- Écoute Lionel, je crois que nous allons stopper ici cette aventure. Tes amis pensaient, et moi aussi d’ailleurs, que ce lieu  allait te permettre de te ressourcer et d’être en contact avec la vraie nature…C’est raté !!!

 

Hortense tourna les talons, rebroussa chemin d’une démarche alerte, laissant sur place Lionel. Elle actionna la commande automatique d’ouverture des portes de la voiture, déposa son petit sac à dos dans le coffre, alluma une cigarette qu’elle grilla sereinement en contemplant le paysage magnifique…

 

 

Jocelyne tisse la description de Faly

 

Quand on ouvre la porte, l’odeur chaude et piquante du chanvre saisit.

Daphné se lève, ses pieds nus, humides marquant les lattes de plancher grisé. Elle déboutonne le haut de sa chemise longue et blanche et dénoue sa chevelure épaisse qu’elle avait tressée pour la nuit.

C’est une chambre aux murs blancs et nus sur lesquels se pose au soir la lumière.

  • Que vais-je faire maintenant ? Dit-elle tout bas dans un souffle court.

Au murmure de sa voix répondent les vagues de cet océan tropical qu’elle déteste tant.

Au centre, adossé à un mur où Daphné a accroché un tableau de Lui, trône un grand lit recouvert d’une cotonnade bleue. Daphné se rassied sur le bord du lit et tapote tendrement deux oreillers de percale et de dentelle blanche qu’elle a chiné avec Agnès ; de ces taies oubliées d’un tas de vieux vêtements dans un coin du marché de Saint-Pierre.

Daphné s ’allonge. Posé sur l’un des oreillers, un livre qui lui a tenu compagnie encore toute la nuit ; ce livre de la collection blanche Gallimard : « L’homme qui m’aimait tout bas « . Ce livre écrit pour elle par lui.

  • Où es-tu, murmure-t-elle ? Près de moi, autour de moi, loin de moi ?

Adroite du lit, par la fenêtre ouverte sur la mer, Daphné se débarrasse de ce livre dans les rafales de vent salé. Elle le rend à la poussière de sable blanc qui lui a déjà pris l’auteur.

Elle les repousse, ensemble jusqu’à ce qu’ils s éloignent dansant dans la lumière.

Daphné est calme maintenant, sa respiration s’apaise, l’objet a disparu et disparu avec lui, l’ombre de cet amant du bout du monde.

Au pied de la fenêtre, son regard se pose sur une chaise de paille blonde sur laquelle semble oublié trois épingles à cheveux. Daphné se lève d’un bond, ses pas humides marquent de nouveau le sol, elle s’empare des trois épingles et les jettent elles-aussi sur la plage sombre où tous ses rêves ont finis.

Il faudra brûler le tableau, se dit-elle, alors que son regard inspecte la chambre.

 

Nul autre meuble, nul autre objet, plus rien où son regard se pose ne fait palpiter son pouls maintenant calme.

Mais dans l’air mêlé à celui de la mer, un parfum sombre, presque charnel, habite l’espace.

  • Tu es là, dit-elle tranquille, droite, sereine dans sa blanche chemise à dentelle.

 

Anne-Laure tisse la description d’Anne-Céline…

C’est là, maintenant, que l’aventure commence, se dit-elle alors qu’elles traversaient un long couloir qui mène à la chambre. Au sol, une moquette rouge brique mouchetés d’entrelacs dorés aux initiales de l’hôtel : C et R . il faudrait qu’elles trouvent une signification à ces initiales, histoire de se fabriquer un souvenir de plus, pour après, quand les vacances seraient finies et qu’elles repartiraient chacune dans leur vie.

- La vache !! t’as vu le décor ?souffla Camille les yeux écarquillés. Je pensais que ça n’existait que dans les films ringards ces trucs ! aux murs lambrissés d’acajou sont accrochées des reproductions de tableaux flamands ; paysages bucoliques de retours de s champs, bottes de paille, paysans sur le chemin qui mène à l’église, moulin désaffecté, moutons au premier plan. Au centre du couloir, à gauche, un large miroir au cache boisé où se reflète les lumières tamisées des lampes jumelles apposées à intervalle réguliers sur les parois du couloir et nos deux visages….

- Viens, regarde-nous, tu peux parler de la déco, toi, t’as vu ta tête ?? Oui, je sais, la mienne n’est pas mieux !! Et nous n’avons pas encore subi les effets du décalage horaire ! ça va pas être facile d’accrocher le regard des beaux mâles de la région.

- Allez, un dernier effort, heureusement qu’on avait dit le minimum dans les valises !! Voilà la porte de la chambre 216. t’as la carte pour ouvrir ?

- Non, c’est toi, dans ta poche arrière ? 0 moins qu’elle ne soit restée en bas, à l’accueil, avec le type finalement bien assorti à l’hôtel !

Nous pouffons de rire ! Nos premières vacances, entre super copines, sans les parents, nous en avons tellement rêvées… la porte s’ouvre sur un petit couloir menant à une vaste pièce. Au sol, la même moquette épaisse. La salle de bain, à gauche en entrant, n’est pas éclairée. Le lit s’étale, imposant, dans la pièce. Nous lâchons les sacs et nous écroulons dessus. Les draps sont blancs, le couvre-lit ivoire, sur le coin supérieur de la taie d’oreiller, apparaissent discrètement brodées les initiales Cet R. de chaque côté du lit, des tables de chevet en bois sombre, surmontées de lampes au pied arrondi et à l’abat jour circulaire jaune pâle. Les lampes sont allumées, diffusant une lumière douce.

-Bon, on se bouge parce que sinon je m’endors !! Camille se lève d’un bond et commence à sortir et à étaler pêle-mêle sur le lit, le contenu de son sac. Moi, je reste inerte tandis qu’elle s’active…toujours ce besoin de courir après le temps, de ne pas perdre une minute de ce que la vie nous donne. Moi, je gaspille…à contempler, à réfléchir, à supposer… c’est pour cela qu’on s’entend aussi bien toutes les deux. On s’équilibre, en quelque sorte. Sur la table de chevet droite, elle a déjà posé deux livres et un carnet. Je parie intérieurement qu’elle n’y touchera pas. Sur celle de gauche, une carte annonce les services et tarifications de l’hôtel. Je l’attrape de la main gauche et commence à la lire, une ligne sur trois.

-T’as pas faim, toi ? Moi, j’en peux plus…

- Tu me laisses cinq minutes et on va se dégoter un petit bistro sympa et pas cher. On emmène les prospectus de l’hôtel et on voit se qu’on fait ensuite ?

Je m’assois, calé contre les oreillers. En face du lit, à l’autre extrémité de la chambre, un petit salon tourné vers une double fenêtre s’ouvrant sur un balcon. Une table basse arrondie entourée de deux fauteuils crapauds, ivoire eux aussi. La fenêtre est entrouverte et le rideau de voile remue légèrement au souffle du vent…

-Bon alors, t’es prêtes ?? On décolle,

Alain tisse la description d’Andrée

Je l’entends, je le sens, il est là. J’approche du but.

Le ruisseau de mon enfance serpente entre les chênes et les hêtres. Je me hâte. Son lit est quasi vide, il n’a pas plu depuis des semaines. Un enfant maladroit ou un vieillard comme moi pourrait le franchir sans aucune peine, si ce n’était sa profondeur. Des rives de près d’un mètre de hauteur. La terre brune est retenue par les racines des arbres. Je ne m’y hasarderai pas plus aujourd’hui qu’autrefois, quand je venais seul en ce lieu.

Je préfère marcher le long du ruisseau. Je ralentis le pas, je m’arrête. Je me souviens de mes escapades chaque fois que je pouvais échapper à la surveillance de mes parents, trop affairés à leur travail de la ferme. J’enfourchais mon vélo et très vite j’étais là, au cœur de la forêt. J’oubliais tout.

Par endroits, les berges sont creusées de cavités qui abritent probablement toujours des vies abondantes et bien cachées. J’attrapais une brindille et je soulevais les feuilles, ou alors je déplaçais une pierre sous laquelle grouillait toute une faune souterraine inconnue de moi jusqu’alors. J’observais les gloméris, les cloportes très actifs et très craintifs à la fois, du moins c’est ce que je croyais, alors qu’ils fuyaient la lumière. Je m’amusais à les faire fuir, à se cacher encore. C’était un jeu ; je ne savais pas que je mettais leur vie en danger à force de modifier leur habitat, je ne savais pas non plus que je risquais de les blesser.

L’eau coule à peine, presque sans bruit. L’air est calme en ce milieu d’après-midi. Pas une feuille ne bouge. Les grands arbres sont majestueux. La hauteur de leurs troncs élancés est accentuée par la présence à leurs pieds de jeunes arbustes encore malingres : petits charmes, houx aux feuilles vernissées, pommiers sauvages. Machinalement, je cueille une petite pomme, je la frotte sur la manche de mon pull et je croque à pleines dents ce fruit acidulé. Quelle saveur !

Un léger soleil d’automne joue à travers les branches et me fait cligner des yeux. Les feuilles des chênes, et des hêtres surtout, commencent à changer de couleur, les verts cèdent la place à des jaunes aux tons très variés. L’automne, tout en douceur et en nuances, avec ses teintes magnifiques, est vraiment la saison que je préfère.

Faute d’humidité suffisante, les champignons sont rares. Quelques vieux cèpes oubliés par des cueilleurs peu attentifs, deux amanites phalloïdes si luisantes qu’on aurait envie de les manger… Non loin de là, derrière un chêne, surprise, je découvre ce qui sera mon dîner de ce soir. Je pose mon sac à dos, je sors mon couteau et délicatement je coupe les pieds de quatre beaux bolets bais bruns.

Pas de bruit, pas de vent. C’est un lieu propice au repos et à la rêverie, que rien ne semble pouvoir déranger. Je vais m’installer là pour cette nuit. Pas la peine de déplier la tente, je déroule mon matelas de mousse et la couverture de survie suffira à me protéger de la fraîcheur du petit matin.

Andrée tisse la description d’Alain

La jeune fille et le château

Je ne devrais pas passer là pour faire ma tournée, mais celle-ci est tellement monotone que je n’ai pas hésité à en modifier l’itinéraire, un jour où j’étais vraiment déprimé par le mauvais temps et la répétition quotidienne et fastidieuse de mes visites aux boîtes aux lettres de la région.

Un large chemin caillouteux, bordé de fleurs odorantes, troué çà et là d’ornières plus ou moins profondes, mène à une ancienne demeure perdue dans une campagne sauvage et mystérieuse.

Avec mon vélo et ses petites roulettes, j’avance moins vite que sur le bitume, mais qu’est-ce que c’est beau ! Et puis ces parfums, ces couleurs ! J’emprunte ce chemin chaque fois que j’ai un peu de temps. Et puis il y a…

Un pont en pierres taillées, envahi par du lierre et des ronces emmêlées, franchit un canal jadis rempli d’eau.

Il y a… cette môme, que j’ai croisée sur le pont, sautillant d’un pied sur l’autre, et qui m’a adressé un large sourire montrant toute sa joie de vivre. Étonnant de la part d’une fillette d’à peine douze ans qui rencontre un homme deux fois plus âgé qu’elle. C’est vrai qu’il y a de grandes chances qu’elle me connaisse, si elle habite dans le coin.

Au fond du canal encombré par une végétation abondante en ce début d’été pluvieux, stagne une eau verdâtre. Il s’en dégage une odeur humide persistante.

Je la croise régulièrement par ici. Elle a des cheveux châtain clair mi-longs, et toujours son grand sourire. Et des yeux… Un regard franc sans être effronté, des yeux pétillants et rieurs. Et quand elle n’est pas là, je me surprends à être déçu, je lui en voudrais presque.

Des arbres plus que centenaires ont poussé dans cette terre devenue marécageuse et s’élèvent majestueux au-dessus d’arbustes frêles qui retombent sur des herbes épaisses.

Hier, je suis passé un peu plus tôt que d’habitude. Elle était assise au pied d’un vieux chêne. Elle arrangeait des fleurs qu’elle venait de cueillir, tout en chantant d’une voix toute douce, toute fluette. Je me suis arrêté sans faire de bruit pour la regarder tout à mon aise. Pourquoi vient-elle toujours par ici ? Aurait-elle un rapport quelconque avec le château ?

Toujours aussi imposante, cette vieille bâtisse, encadrée des restes de deux tours datant de l’époque médiévale, repose là, trônant au bout d’une longue allée pavée non entretenue qui annonce que la vie humaine est maintenant absente de ce lieu insolite fourmillant de souvenirs.

Après tout, il suffirait que j’ose lui demander. Je me remets en mouvement. Elle lève son visage vers moi, sans cesser son chant, sans être surprise de ma présence. Je revois avec bonheur ses yeux, aussi pétillants, aussi gais que les autres jours. Des yeux… à faire damner un saint et tous ses démons !

D’une voix mal assurée, je lui demande si elle connaît ce château, si elle y est déjà entrée. Elle me répond sans détours qu’elle voudrait bien, mais qu’elle en est bien incapable. Et en me tendant la main, elle m’invite à la suivre. Je ne peux pas refuser, mais ma tournée…

Légèrement entrouverte, la lourde porte en chêne massif, dont les clous rouillés ont taché le bois, s’est affaissée au fil du temps. Elle laisse apercevoir un intérieur assombri par des volets clos mais disjoints, intérieur devenu de ce fait inaccessible au visiteur.

Je vais être en retard, mais tant pis. J’ai envie de rendre service à cette jeune et jolie fille et voilà un prétexte tout trouvé pour rester plus longtemps en sa présence. Elle me suggère d’essayer de pousser la porte. Mes efforts ne me permettent de la déplacer que de quelques centimètres, mais c’est suffisant pour que ma compagne puisse se faufiler sans hésiter dans la pièce. Lorsqu’elle passe près de moi, je sens l’odeur de ses cheveux… Je voudrais la suivre… Mais ma tournée… Cette môme… Je… Je ne sais pas qui elle est, mais je sais qu’un jour je l’épouserai.

Agnès tisse la description de Steph ...

Sur le parking, une voiture, seule, attend que les emplacements zébrés se garnissent.

Stéphanie aussi est seule, en avance. Tellement habituée aux retards répétés, elle s’est appliquée ce matin. Pas question de traîner au lit après la sonnerie du réveil ; petit déjeuner rapide mais consistant. Il s’agit d’être en forme pour la journée qui l’attend.

Un rapide passage dans la salle de bain, tout était prévu depuis hier soir. Pas d’hésitation ni de changement de dernière minute pour la retarder.

Le soleil du matin se mêle aux couleurs naissantes de l’automne. L’air frais et sec résonne doucement.

J’ai bien fait de regarder la météo. Il fait tout juste chaud dans cette voiture. Si seulement Odile ou Marie pouvaient arriver ! Je n’ai même pas les clés de la salle, pour la Présidente ….

Des pas glissent sur les gravillons orange, puis se heurtent au goudron tâché du souvenir d’hier : chewing-gums desséchés, mégots essorés, papiers froissés…

Stéphanie marmonne : – vraiment, quelle saleté ! Il faudrait faire passer le message : respecter la propreté des lieux à l’extérieur comme à l’intérieur. Un plan d’action s’élabore déjà dans sa tête.

Tout autour, les bâtiments veillent ou se réveillent. La caserne se repose après l’agitation de la nuit, alors que la poste prend la relève avec le va et vient de ses containers métalliques dans les véhicules jaunes et bleus.

- c’est vrai, on est samedi aujourd’hui. Certains travaillent, la France qui se lève tôt sans doute. Moi aussi, je me suis levée tôt. Je n’ai pas très bien dormi, d’ailleurs, un peu excitée à l’idée de la journée à venir.

Le logement d’à côté sommeille encore, mais par la porte entr’ouverte, un chat annonce que la chasse peut reprendre.

- Mon chat ! Zut ! Je ne sais plus si je l’ai laissé fermé dans la cuisine. Je n’ai pas vérifié la litière ; je ne suis même pas sûre qu’elle soit toujours près de l’évier. Bon, tant pis… Les filles s’en débrouilleront. Pour une fois, elles sauront ce que c’est que de s’occuper d’un animal. C’est ma journée.

Le marché couvert, rouge brique et gris ferraille, domine l’ensemble. A ses pieds, les containers débordent.

Les yeux de Steph se posent maintenant sur eux .

-Encore des détritus. Les déchets nous envahissent partout, tout le temps.
Stéphanie réfléchit aux divers engagements politiques, aux choix de société. Elle s’égare dans ses réflexions, loin du parking encore désert.

En face, la M.J.C., fièrement assise attend que des gens arrivent pour ouvrir ses portes beu-Gitane.

Bleu-Gitane, cigarettes, mégots, déchets, les mots résonnent dans la tête de l’apprentie auteure…

-Coucou Stéph, t’es déja là ? J’ai les clés.

C’est Marie, et voila les autres co-écrivains en herbe de ce samedi : la séance peut commencer.

 

 

Brouillons de haïkus

 Nicole

Quelque chose de clair et pur

De la gelée de coings traversée de soleil.

Quelque chose qui apaise

Un galet si lisse que ma main est son écrin.

Quelque chose qui fait battre le cœur

Des premiers pas sans main secourable.

Quelque chose qui donne un très grand plaisir

Les matins de juin, en chemise, cueillir des framboises.

 

Florine

Choses claires et pures:

-e rond parfait d’une bille d’agate.

matinée blanche et goutte de rosée

Choses qui font battre le coeur:

la tension d’une prise de risque

il va venir

Choses poignantes:

le retour de l’hirondelle

une larme vacille

Choses qui égaient le cœur:

leplaisird’une découverte

un rayon de soleil

DODO

choses claires et pures :

de la terre une source jaillit

sur une feuille la perle de rosée

choses qui font battre le cœur :

dans la nuit, le téléphone

choses poignantes :

les larmes de Ségolène /

sur la joue d’un enfant, une larme

choses qui égayent le cœur :

première primevère au jardin

choses peu rassurantes :

dans la grande maison isolée, seule

sous ses pieds, le vide

choses qui donnent un très grand plaisir :

les bras ouverts d’un enfant

le premier sourire de ton enfant

choses sales :

après l’inondation dévastatrice

après une longue marche, mes chaussettes

choses qui apaisent :

la maison au retour

dans ses bras, l’étreinte

 

 

 

 

Atelier du 9 décembre 11 décembre 2011

Filed under: Uncategorized — salondecritureatelierdethemjccosnedallier @ 2:00  

Deux exercices proposés par deux participantes :

- Agnès nous a proposé de trouver des expressions et/ou films, romans qui contiennent un nombre : par exemple : “voir 36 chandelles”. Ensuite, chacun tire au sort 5 expressions et commence un texte, toutes les 3 minutes, une expression tirée au sort doit être intégrée instantanément dans le texte.

- Nicole nous a proposé une liste de mots dont il fallait trouver les contraires.

Guatémaltèque – rigoler – Les Îles Boromées – un fripon -un kouign-amann – un sofa – une embellie – l’écume -l’espérance – Zaratoustra

Bises à tous ! Bonnes fêtes de fin d’année !

 

séance du 18 novembre 23 novembre 2011

Filed under: Uncategorized — salondecritureatelierdethemjccosnedallier @ 2:17  

- mise en jambe : sous forme de tableau à double entrée :
d’un côté les 5 sens : ouïe, odorat, vue, toucher, gôut
de l’autre des endroits et/ou situation : dans la salle d’attente du dentiste, en haut du Puy de dôme, devant l’armoire, dans un hall de gare
Décrire chaque situation selon les 5 sens
- Créer un texte dialogué contenant au moins une des 3 phrases suivantes :

Et là j’ai trouvé des vers de terre dans la poche de son imperméable.

J’ai acheté une paire de ciseaux rouges.

Fais gaffe, le thé est brûlant.

L’AFRT n’est pas notre véritable ennemi !

J’ai senti comme une odeur douce de linge séché dehors.

- PRODUCTIONS :

Dodo:

-Fais gaffe, le thé est brûlant !
Avant même d’avoir touché la tasse, Elise eut le réflexe de secouer ses doigts. Elise et Line, deux amies d’enfance, avaient pris l’habitude tous les samedis après-midi à 17h de se retrouver pour partager une tasse de thé et quelques pâtisseries.
C’était aussi pour elles le moment de déverser leur trop plein de rancœurs, colère et indignations accumulées pendant  la semaine.
-Elise, je pense que Bernard a une maîtresse.
-C’est pas possible ! Qu’est ce qui te fait penser ça ?
-Je n’ sais pas…des soupçons, des attitudes, des regards…
-Tu as des preuves ?
-Je sais, c’est pas bien et je ne suis pas fière de ça, mais mercredi, je lui ai fait les poches. J’ai trouvé, chifonné sur un ticket de métro un numéro de téléphone. J’ai appelé…
-Non, t’es dingue ! Et alors ?
-Et alors une voix féminine au bout du fil…J’étais tellement surprise que j’ai raccroché sans pouvoir dire un mot.
-Ca ne suffit pas à faire de cette personne la maîtresse de Bernard ! Tu psychottes, ma Cocotte !!!
-Je voulais en avoir le cœur net. J’ai recherché avec l’annuaire inversé à qui appartenait ce numéro. Et j’ai trouvé !! C’est celui d’une petite boutique de design dans le 20ème près de Nation.
-Ne dis pas que tu y es allée ?
-Ben si, jeudi soir en sortant du boulot – charmante boutique de bon goût – charmante la patronne également – de bon goût également, tout à fait du goût de Bernard, j’imagine…Je l’ai bien dévisagée, j’ai tourné une demie heure dans le magasin à faire semblant de chercher quelque chose…
Jocelyne :

Françoise et Aurore papotaient en mangeant des rochers au chocolat. Françoise était en train de prendre sa décision, elle devait la prendre.

  • Fais gaffe, le thé est brulant, s’écria Aurore.

Françoise n’était pas là, sa pensée ne s’accrochait pas à la conversation. Aurore avait beau lui raconter avec moult détails son week-end de soldes à Troyes, Françoise n’écoutait plus : elle songeait à cet hiver qui s’annonçait, si sombre sans les copains avec qui elle avait partagé cette année, les fous rires et les coups de stress.

  • Et là, j’ai trouvé des verres de terre dans la poche de son imperméable.

Françoise sursauta :

  • Quoi, t’as trouvé quoi ? Où ça, à Troyes ?
  • Quoi, mais tu n’écoutes pas, lui dit Aurore, il y avait des verres de terre dans la poche de l’imperméable de Christophe, le Burberry’s marron glacé qu’il venait d’acheter !

Mais Françoise n’écoutait plus déjà. Elle était repartie dans sa projection hivernale, les routes enneigées en février comme tous les ans, le bois à faire rentrer, le fuel qui allait augmenter, Michel Drucker le dimanche à la télé… Puis viendrait mars, Avril, le jardin et le parc à remettre en état. Le voyage intérieur n’en finissait pas. Pourtant, les yeux dans le vague, elle se tourna vers Aurore qui avait entrepris de lui réciter la recette des macarons au foie gras qu’elle avait servis à sa belle-mère le week-end dernier :

  • J’ai senti comme une odeur de linge séché dehors, Aurore, cette odeur, je la tiens, l’odeur d’herbe ensoleillée… j’arrête, ça y est, c’est clair maintenant. En juin, je reste chez moi. Ma décision est prise : finie ma vie d’infirmière, je fonde l’AFRT « l’amicale des Françoises retraitées de Tronçais » et nous allons empêcher le TGV de passer dans la futaie. Si, si, on fera des affiches, des pancartes, des peintures, des fringes, d’ailleurs j’ai acheté une paire de ciseaux rouges la semaine dernière, ça va servir, crois moi ! Je me sens bien mieux maintenant, c’est décidé. Tu disais quoi… un savarin au fromage de chèvre…… ah, oui….

 

à bientôt à tous !

 

Séance du 16 septembre 23 novembre 2011

Filed under: Uncategorized — salondecritureatelierdethemjccosnedallier @ 2:15  

Danse et Traces

Produire un texte sur le thème de la danse, il devra être rythmé par une alternance : une phrase longue, saturée par [l] et [m] et trois phrases courtes saturées de [k] et [r]. 

Le miroir mural de la chambre semble murmurer des mots lents, longs et larmoyants qui laissent Malou se lover au sol tel un mollusque mollasson se mêlant à la mer à marée haute. Mais quand d’un coup la caisse claire claque, notre héroïne éclate ! Telle une star du Rock n roll, elle se redresse, crie, craque ! Cric crac quelle casse ! Langoureusement, le son lugubre du violoncelle enlace lentement la belle Malou qui de nouveau se lance au sol à la fois fragile et immortelle. Toc , toc, toc ! Qui frappe à la cloison comme un con! La colocation quel cauchemar ! Les belles envolées lyriques de la libellule se mêlent malheureusement à la morosité mélancolique de son allumé de voisin . Arrête connard ! Je caracole comme une cocotte pour compenser mon manque de mec ! Eclate le placo et colle-toi contre mon corps …  Cécile ————————————————-

Mal, mon mollet a mal. Il court. Il craque. Il se détraque. Patatraque.   Mille mains molles miment l’aile mâle de la libellule. L’arc des bras se raidit. La salle craque sous les cris. Le corps à corps a porté ses fruits.   Malléable, il mélange mille langues, mêle mille lignes. Ton corps qui court. Il réclame à cor et à cri La courbe qui le cambre et le plie.  Céline ———————————————–

Mélie mêle les pas muets, moulinets de bras, l’un, l’autre, et tourne miel, lumière au sol, dans la mélancolie du soir.  Face au rack. Bras en rythme. Tarak danse en coin.  Mélie lamine lentement les pas marqués récalcitrants, malhabile maintenant, elle vacille et l’attend.  Mazurka de cartons. Et trois et quatre. Le corps de Tarak se craquelle.   Anne-Cé ————————————————-

Longtemps, aux mois de mars à mai, ma mère et elle allaient à Lille ou à Lens, main dans la main, le long des maisons luisantes, dérouler leurs longues toiles blanches, s’enroulant dans un mouvement lent et ondulant : la toile claquait. Les corps craquaient. Le bruit des draps bistres ronflait dans l’air saturé. Elle et ma mère, dans un mouvement lent et langoureux, montaient agiles, mètre par mètre au sommet des lampadaires allumés de la ville endormie. « Concentrée » criait ma mère, « Accrochée », criait l’autre, « Arabesques et circonvolutions » criaient-elles en chœur. Les toiles flottantes de lin blanches volaient tranquilles, paisibles, lourdement lestées de leurs silhouettes enlacées et mêles dans ces linceuls étincelants comme des lucioles lovées dans leurs chrysalides. Un jour, elles déroulèrent. Un jour, elles décrochèrent. Un jour, elles (s’écrasèrent) s’envolèrent.  Jocelyne ————————————————-

La brume matinale demeure dense, même à midi, lissant les ailes de Marlène, amollissant encore ses mines de mouette alanguie.  Et puis craquements de cacatoès, cris de cucurbitacées, chocs, cabrioles. Marlène s’encanaille. Elle saccage le lac des cygnes.  Nicole ————————————————-

Malléable est son corps lent dans la lumière moite, Mademoiselle s’allonge, monte sa main, enveloppe la lueur entre ses doigts. En un rapide éclair, elle se recroqueville, casse et concasse son corps en soubresauts. Ses articulations grincent et craquent.  La musique rythmée de ses mouvements s’alanguit soudain, une mollesse lente réapparaît, Mademoiselle s’élance, laissant son corps harmonieux poursuivre sa quête. Crac, transe, convulsions, contorsions et constrictions. Cloaque de cris sans restriction. Le corps repart dans une crise à plusieurs tranchants. Mais Mademoiselle se lance, elle danse malgré les malencontreuses défaillances, elle danse. Marie ————————————————-

Allongée malgré moi dans mon lit avec mon lumbago, je rêvais de danser, libre et légère ; même un mièvre Madison m’aurait momentanément libérée…Raté ! Quelle rage. Rouge colère qui couve…Meurtrie, livide, mais lucide et libre d’imaginer, je m’élance, muette musique , compagne de misère lovée dans ma mémoire. Risible et ridicule vérité.Répudiés les kasatchock, French Cancan ou Mazurka Cassés, comme mes reins ! Misérable mensonge et minable mascarade. Même mes muscles me le murmurent mollement : je demeure immobile et minable. Rien de concret ne vient. Je craque et reste raide. Quelle catastrophe.Il me faudrait des ailes de libellules et les gambettes de Mistinguette, longilignes et musclées ;les miennes sont muselées. Agnès———————————-

 

La trace que vous inventerez sera le prétexte pour raconter un souvenir…Une trace comme une madeleine de Proust. 

Tu viens de te lever et partir. Sur cette table, face à moi, reste seule l’empreinte de tes lèvres sur le verre vide. Dans le brouhaha du bar, sur le tableau flou des autres tables peuplées d’autres gens, à l’arrière plan du verre, me paraît étrangement nette l’empreinte de tes lèvres. Je sens que déjà s’estompe la réalité de ce que nous avons été. Déjà le temps fait son œuvre, mettant au passé ce qui était présent,  il y a une heure, une heure à peine. L’empreinte de tes lèvres, là, sur ce verre face à moi, me rappelle celles que sur mon corps tu as laissées. Et c’est comme si j’étais au musée, à regarder derrière la vitre, les traces de ce qui a existé. Alors, à mon tour, avant de me lever et partir, sur cette empreinte, je dépose un baiser. Anne-Cé ————————————————-

18h30,Je rentre du travail, à peine ai-je touché la porte que j’entend un miaulement. Je l’entrouvre et aussitôt le chat sort en courant de la maison semblant craindre une punition. Depuis quand était-il là, je suis partie depuis 8 heures ce matin …Je ne l’avais pas vu entré. Je m’approche de la table de la cuisine et j’aperçois sur la nappe immaculée (ce récit est bien fictif) une touffe de poils noirs preuve que lorsque le chat n’est pas là, les souris dansent et que lorsque je ne suis pas là, le chat monte sur la table! Attendez que je le prenne sur le fait celui –là !  Cécile ————————————————-

En charpie… bords et contours en minuscules dents de scie… arrondies… la trace laissée dessine la place de la chair arrachée, dont les restes suintent, dégoulinent…. Partout, je me souviens qu’il y en avait partout… Collant et sucré !  « Oh ! Le petit cochon ! essuie-toi au moins ! » Oh… le cri de ma grand-mère devant le délicieux carnage des prunes bien mûres et ma mine rassasiée de soleil et de fruits d’été.  Céline ————————————————-

Traces de café sur le drap froissé, il est 7 heures. Je ne peux pas me lever sans avoir bu ma première tasse de café dans mon lit le matin. Et tous les jours, encore dans un semi rêve de fin de nuit, les draps se souviennent de cette première tasse de café. Cette trace ronde, semi circulaire ou quelquefois simple virgule est le témoin de tous mes matins. Elle me rappelle cette addiction à ce breuvage , compagnon de mes nuits d’étudiante, puis de mes nuits d’infirmière, de mes nuits d’amante et de mes nuits d’insomnie… Au réveil, il reste la trace de cette tasse de café que je pose tous les matins à la même place, me souhaitant une bonne journée et de demain, recommencer !  Jocelyne ————————————————-

La trace, la marque, le reste de ce qui avait été un corps parfait, musclé, sculpté avec soin, dopé peut-être, un corps d’athlète, sûrement. Un choc avait brisé sa carrière, un plaquage trop brusque, une mine mal placée avait cassé sa colonne vertébrale en deux. Son corps portait la trace mais sa tête, sa verve, ses valeurs en étaient transcendées. Traces physiques irréversibles transcendant un esprit vif, intelligent qui aurait peut-être dormi dans un corps sain. La trace de son « accident » comme on avait l’habitude de nommer sobrement les 125 kilos qu’il avait pris sur la troisième lombaire, il n’en restait rien sur sa peau. La trace ne se matérialisait que par son fauteuil. La trace roulait pour le porter, laissant derrière lui l’empreinte de deux lignes rugueuses, un chemin à deux voies qui le suiverait inexorablement.  Marie —————-

Un goût de Madeleine, pour Mimi …Je me souviens de recettes de cuisine de ma mère qui disait ne pas aimer cuisiner. Je la questionnais : “Combien tu mets de farine ?” – “Oh, tu vois…”.Ou encore : “Je laisse au four combien de temps ?” – “Ben, tu surveilles de temps en temps.” “Et pour l’assaisonnement ?” – “Tu goûtes.” Je me suis amusée à recopier ces recettes approximatives mais tellement émouvantes pour moi. J’ai repris les mots de ma mère ; je laisserai mon livre de cuisine à mes filles.

Les graines sur le sol

Petits grains de riz sur le parquet du salon, relief des repas de ma fille, enfant. L’aspirateur les effaçait régulièrement. Mais ces traces là sont tenaces. Aujourd’hui c’est ma petite fille qui égraine allègrement riz ou semoule sur le carrelage de la maison.

Traces éphémères sur le sol, mais souvenirs inaltérables dans nos mémoires.

Agnès

 

Bises à tous, à bientôt !

 

Rentrée de l’atelier d’écriture de la MJC de Cosne 11 septembre 2011

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Bonjour à tous !

L’atelier de rentrée aura lieu Vendredi 16 septembre  20h à la MJC de Cosne.

Et bienvenue à nos nouveaux arrivants !

Programme :

-bilan de l’année dernière

-présentation des projets de cette année

-écritures multiples sur le thème de la Trace et de la Danse, avec la participation de Violetta, danseuse professionnelle

à très bientôt, donc !

 

Nos visuels 25 juin 2011

Filed under: Uncategorized — salondecritureatelierdethemjccosnedallier @ 6:22  

Philippe Fissore (artiste peintre de Montluçon) a travaillé sur deux visuels pour nous…

C’est doux, frais et magnifique… Nous le remercions chaleureusement.

 

 

 

15 juin 2011

Filed under: Uncategorized — salondecritureatelierdethemjccosnedallier @ 2:43  

Bonjour à tous !

L’atelier travaille en ce moment sur les modalités et textes qui seront proposés au Festival de Cosne. Les premières productions concernent des jeux et des écrits distribués au public pour les spectacles suivants : « Au milieu du désordre » de Pierre Meunier compagnie La Belle Meunière et « Alpenstock » de Rémi De Vos Compagnie Le P’tit Bastringue.

  • La belle Meunière : « Au milieu du désordre »

Extrait :

« je suis presque sûr que c’est Kleist dans une lettre, lettre à une Charlotte sans doute, qui se demandait, qui demandait à Charlotte mais qui en vérité se demandait : pourquoi la voûte ne s’effondre’t-elle pas ? Qu’est-ce qui fait que la voûte ne s’effondre pas ? Et le même Kleist de susurrer à la même Charlotte que, si la voûte ne s’effondre pas, c’est que toutes les pierres ont envie de tomber en même temps ! »

Consigne :

Les « pourquoi » et les « comment » et leurs explications en tout genre :

Pourquoi le feu n’est-il pas fait uniquement de flammes rouges, mais aussi jaunes, bleues et parfois vertes ?

  • parce qu’il est jaloux de l’arc en ciel

Pourquoi les cerises noires sont-elles rouges ?

  • parce qu’elles ont honte

Comment rentre-t-on ce fichu bateau miniature dans la bouteille d’eau de vie?

  • avec le chant mélodieux d’une sirène

Pourquoi les cailloux remontent-ils à la surface de la terre ?

  • parce qu’ils espèrent toujours fleurir, ils guettent le printemps.

Pourquoi les avions et les oiseaux ne se fracassent pas quand ils percutent un nuage, maitresse ?

  • parce que le nuage est électroniquement bien équipé, il possède des bipeurs se déclenchant à 30 cms tous les 30 cms en 3 dimensions et qu’il est capable de désaxer la trajectoire aléatoire de tout objet volant qu’il identifie.

Pourquoi dit-on « à dans huit jours » alors qu’une semaine n’a que sept jours ?

  • D’abord, ya qu’à Moluçon qu’on dit ça, si tu sais pas, t’a qu’à dire « à la revoyure », ou ben alors « à la St-Glin-Glin » si c’est la semaine d’après, en espagnol tu peux tenter « hasta luego » enfin, main’nant si tu veux, tu y dis, à dans « sept jours » on dit comme on veux…

Pourquoi dans les films, on a l’impression que les roues tournent à l’envers ?

  • Tourne l’écran, tu verras, elles tourneront dans l’autre sens, et tu auras l’impression, de plus, que les voitures roulent sur le toit.

Pourquoi l’arc en ciel n’a que six couleurs ?

  • parce que la pluie a cessé avant qu’il n’en invente d’autre !

Pourquoi l’eau ondule t-elle avec le vent?

  • c’est la sirène au fond de l’eau qui se sèche les cheveux.

Pourquoi les tables et les chaises ont elles des pieds?

  • C’est pour que les chats en passant se frottent les flancs.

Comment peut on être Persan?

  • C’est pour PERCER  le secret de la POLICE…

Pourquoi le gâteau est il toujours plus petit quand il est froid que quand on le sort du four?

  • C’est pour aider les gourmands à faire le régime.

Pourquoi les cerises noires sont elles rouges?

C’est pour que les oiseaux ne les confondent pas avec des olives

  • Pourquoi  les cheveux poussent ils davantage en nouvelle lune?

C’est parce qu’en lune descendante ils poussent à l’intérieur (d’où les poils dans le nez, dans les oreilles)

Pourquoi Einstein tire t-il la langue?

  • C’est parce que la photo a été prise par son médecin au moment où il faisait “AAAAAAAAAAA” montrant une langue chargée d’un lendemain de cuite.

Pourquoi un cheval de 2 mètres de haut obéit il à un homme d’1m50?

  • Parce qu’il est très con.

Pourquoi le ballon de football est-il rond ?

  • parce qu’il a trop bu.

Pourquoi quand on change de caisse au supermarché, tombe-t-on toujours sur celle où le client précédent a oublié de peser les légumes ?

  • parce qu’à la caisse d’à côté le client en cours a choisi un saladier soldé sans code-barre.

Pourquoi les gâteaux secs ramollissent alors que le gâteaux mous durcissent ?

  • parce que tu ne les manges pas assez vite.

Pourquoi le mot « pourquoi » est-il utilisé par les enfants ?

  • parce qu’ils ont tout leur temps pour faire semblant d’avoir des réponses.

Pourquoi un cheval de deux mètres de haut obéit-il à un homme d’1m50 ?

  • parce que le bipède tient la cravache.

Pourquoi les histoires d’amour finissent-elles mal en général ?

  • pour donner de l’inspiration aux poètes et aux chanteurs de hard-core heureux au jeu.

Pourquoi ne peut-on pas voler comme les oiseaux ?

  • parce que dans les airs on ne se sent pas comme un poisson dans l’eau.

Pourquoi les portes claquent-elles pendant les scènes de ménage ?

  • parce que ça souffle, ça ronfle, le vent nous emporte.

« Au milieu du désordre »…Liste de nos désordres :

Départ en vacances: sur le trottoir, c’est un bric à brac de valises, cartons, parasol, bottes, glacière, seaux et pelles et cris de mon père.

Dans l’amoncellement du grenier longtemps fermé, un carreau et de vieux cartons à dentelle. Sourire de ma grand mère et, dans ma bouche ,un goût de pomme râpée.

Une chute collective à l’arrivée du Tour de France, le fracas du tibia contre le péroné du coureur italien qui portait le maillot jaune

Ma pile de vêtements à laver.

La multitude de boîte de fayots sur le sol du supermarché après le passage de Mme Michu qui voulait celle du dessous car elle comportait un bon de réduction

Le portant de pantalons à terre chez Pantashop après que ma fille se soit essayée à une roue à une main dans la boutique

Dans l’appartement saccagé, tiroirs vidés, lampe renversée, miroir cassé, tentures arrachées : intimité violée

La maison du gendarme de l’Etelon et le vert des algues de la cuve de congélateur servant de lave-vaisselle

La sonnerie de fin de cours les vendredis.

La maison de Pied-de-Nid, le lendemain de la fête des 18 ans de mon frère et le bruit de la gifle administrée par mon père à mon frère.

L’aéroport de LOS ANGELES en octobre 2001 invraisemblable méli-mélo de militaires armés, dessins d’enfants représentants des incendies et la chute des tours, des gyrophare et des sirènes

Les numéros du tiercé…Encore râté!

Un bataillon de CRS endormis sur la pelouse

Le cochon complètement en désordre à l’étalage du charcutier

Le désordre de la discothèque d’un ami, après le passage de Philippe alors que les disques étaient classés par ordre alphabétique.

 Ma chienne, Patafix, enfermée une après-midi dans le salon après avoir passé la matinée sous la pluie.

Abat-joie et rabat-jour.

La méduse échouée sur la plage.

La cuisine après avoir oublié les haricots sur le gaz pendant une heure.

Le désordre intestinal de ma fille dans mon lit une nuit de gastro

Un amoncellement de poubelles dans les rues d’Athènes : un mois de grève des éboueurs grecs

Un désordre amoureux qui fait plus mal au ventre qu’un désordre intestinal

Une ligne de téléphone en « dérangement »

Le bordel de mes placards que je suis obligée de fermer avec une calle avant que ma belle-mère n’arrive

Des gendarmes qui boivent le champagne aux portes de leur fourgon le soir des élections de 81

  • Le P’tit Bastringue : « Alpenstock »

Synopsis :

Alpenstock, de Rémi De Vos, est une farce qui part d’une crise domestique au cœur de montagnes qu’on prétend germaniques. Alpenstock parle de thèmes dérangeants, noirs, obscurs, c’est une pièce sur les clichés, sur une société normalisée dont le langage se caractérise par son absence d’humanité. On pourrait croire à une tragédie, pourtant Alpenstock est drôle, parce qu’elle fouille dans l’obscurité de l’individu pour nous révéler ce qu’il a de plus humain : le ridicule.

 

Écrire une phrase simple en remplaçant les mots par leur définition, le public devra retrouver la phrase initiale :

L’employée intermittente de la fonction publique qui est souvent en grève tourne avec nervosité les pagesde l’ouvrage de référence qui pallie sa mémoire défaillante.

= La professeure feuillette le dictionnaire

L’enfant de sexe masculin ingurgite un mélange bouilli et mixé de légumes variés.

= Le garçon mange sa soupe.

La détentrice du concours de l’IUFM détériore un filin d’acier.

= La maîtresse pète un cable.

Mes dents de sagesse sont immergées dans un liquide.

= J’ai les dents du fond qui baignent.

Les pièces d’habillement qui montent jusqu’aux mollets de la mère de ma mère, se vident de leur humidité sur l’appareil de chauffage à combustible.

= Les chaussettes de ma grand-mère sèchent sur le poêle

La création de genre féminin de l’homo-sapiens s’initie à comprendre l’attraction terrestre à l’aide d’un référentiel bondissant.

= Une fille joue avec un ballon

« ALPENSTOCK : long bâton ferré au bout, utilisé par les grimpeur ». Que feriez-vous avec un alpenstock ?

Je me gratterais le dos sous la douche.

Je le ferais bien tourner mais j’ai déjà une serviette.

Je mettrais les Alpes en stock !!!!!

Je m’en servirais pour ouvrir et fermer la fenêtre de toit beaucoup trop haute pour moi.

J’en équiperais toutes les femmes de ménage dans les hôtels de luxe…

Je ferais des brochettes

J’en ferais des piquets de tomates

J’irais chercher des morceaux de bar-bac qui restent entre les dents de Demis Rossos

Je ferais du trapèze

Je dirais « abracadabra, abracadavra »

 

Ce n’est pas fini…d’autres productions ne devraient pas tarder.

Bien à vous…

 

 
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